Bois coupé

Pénurie des denrées alimentaires, disparition des plantes et essences médicinales, ou encore changement de mode de vie, telles sont les conséquences de la déforestation sur les peuples autochtones d’Afrique CentraleReportage

A près de 60 km de Douala au Cameroun, dans la région du Littoral, département du Nkam, sur une route normale qui longe une piste qui s’englue dans la forêt et sortie de nulle part, l’on entre au village Mamba perdu au milieu de la forêt.

Photo Samuel Nzam, RCA

Conséquences de la déforestation

Ici, on vit principalement des dérivés de la forêt et de l’agriculture. Mais désormais, la situation a changé et les conséquences se font ressentir.

Toumé Joseph, un habitant du village Mamba explique :

« Je suis venu ici pour la première fois je n’avais que 8 ans et mes parents étaient à l’aise. On parle des années 1972 à ces temps-ci. Parlant des animaux, ils étaient à la portée de tout le monde, ils venaient carrément jusqu’à la maison. Ils venaient manger les noix de palme et quand on venait manger du gibier, c’était à notre portée »

Paul quant à lui, affirme que lorsqu’il y avait encore beaucoup d’arbres, le sol était fertile et il produisait correctement, les habitants du village mangeaient à leur faim.

« Lorsque la SNC bois existait c’était la grande société de ce village en dehors des petites, on ne souffrait pas, le gibier ne manquait pas, on ne criait pas la famine, une tige de manioc pouvait faire le plein d’une cuvette, les hérissons n’étaient pas nombreux. Vous voyez cela à l’air bien, mais revenez-vous n’allez rien trouver, pourtant avant les gens vivaient à l’aise »

Du Cameroun au Congo, populations délocalisées

Plus loin du Cameroun au sud de la République du Congo, l’exploitation forestière a poussé les peuples autochtones à trouver désormais refuge au village Loukana, situé à environ 6 Km du district de Sibiti dans le département de la Lékoumou. Une relocation qui s’est faite en plusieurs étapes comme explique Jean Miete, un des membres de la communauté autochtone du village.

Populations autochtones des forêts du bassin du Congo (Photo Samuel Nzam, RCA)

 « Nous habitions la brousse tranquillement sans plainte. Ce sont ceux qui ont pensé que nos vies étaient menacées par je ne sais pas quoi dans la forêt, ont décidé de nous délocaliser et sur conseils des anciens, nous sommes venus vivre ici »

La forte exploitation des forêts tropicales fait craindre le pire à ces populations autochtones considérées par plusieurs comme gardiennes des forêts. Une crainte dont n’hésite pas à parler Audrey, une habitante autochtone de ce village.

« Tout est fini déjà là-bas, et cela continue…tout a été détruit et tout est presque détruit s’il faut dire ainsi : Ils ont à nouveau repris la coupe d’arbres pour faire passer la route, jusqu’à dans notre ancien village dans la forêt, tout a été détruit dans la brousse pour faire passer la route »

Problèmes de santé récurrents

La situation est pareille à Mbata, située dans la Préfecture de Lobaye, dans la région du sud de la Centrafrique. Dans cette zone forestière où vivent des milliers de personnes, les problèmes de santé récurrents au sein de la population autochtone sont résolus grâce à la pharmacopée traditionnelle, accessible pour tous et axée sur les racines, les feuilles et les écorces d’arbres. Paul Mamba, chef du camp explique comment la déforestation est un danger pour son peuple.

Photos Joël Kouam, Cameroun

 « Tous nos produits viennent de la forêt, ils ont tout détruit, les grands arbres comme des petits, nous sommes en danger. »

La déforestation dans cette région du Sud de la Centrafrique, due par les sociétés forestières et les abatteurs clandestins d’arbres, est un handicap grave pour les peuples autochtones de Mbata et ses environs car les essences médicales sont détruites mettant en difficulté la médecine traditionnelle. Odyssin est le spécialiste de la pharmacopée dans la localité et maire de ladite commune. Il ne trouve plus des produits nécessaires pour le traitement de ses patients.

 « Vous savez que la forêt regorge une pharmacie, avec les ressources que nous pouvons soutirer de la forêt on peut avoir des médicaments, la forêt est la base de tout. Notre regret c’est que les sociétés, nos parents qui font les sciages artisanaux sont à l’origine de la déforestation et cette déforestation va jouer négativement dans la masse paysanne de la République Centrafricaine. »

Désolation et pleurs

Partout où elle passe, l’exploitation forestière n’apporte que désolation et pleurs au lieu d’une amélioration des conditions de vie des peuples autochtones. Il est donc impératif que les autorités de ces pays prennent conscience et agissent en vue de freiner la déforestation due à l’exploitation forestière qui menace tout sur son passage. François Medjo est Expert en Écodéveloppement au Cameroun. Il attire l’attention des décideurs sur la question.

« Nous attirons l’attention des décideurs et du gouvernement du Cameroun à aider les communautés en reprenant cette activité entre leurs mains, ce qui va permettre aux communautés de capitaliser les revenus forestiers qui leur sont reversés notamment la RFA et les revenus sociaux. Elles sont aujourd’hui victimes car les destructions au niveau de l’environnement sont énormes »

Plus de 600 mille hectares de forêts primaires perdus

Des données récentes disponibles sur Global Forest Watch ont révélées que le bassin du Congo a perdu plus de 600 mille hectares de forêts primaires en 2020, soit une augmentation de 9% comparativement à l’année 2019.

Le Congo a perdu 350 KHA de forêts primaires humides de 2002 à 2020, soit 42% de sa perte totale de couverture forestière. La Centrafrique pour sa part a perdu 169 kha de forêts primaires humides, soit 21% de sa couverture totale durant la même période, tandis que le Cameroun avec 708 kha de forêts primaires humides perdues, soit 48%, ce qui représente plus de cent mille hectares de forêts détruites. Lire aussi: COP 26 : 28 gouvernements s’engagent à un commerce durable et à réduire la pression sur les forêts

Reportage réalisé au Congo par Rosie Pioth, au Cameroun par Joel Kouam et en Centrafrique par Samuel Nzam grâce au Pulitzer Center et au Rainforest Journalism Fund

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