Roger Lumbala ancien seigneur de guerre

Roger Lumbala Tshitenga, un nom qui résonne dans l’histoire tumultueuse de la République Démocratique du Congo (RDC). Ancien chef de guerre et homme politique controversé, il se retrouve aujourd’hui au cœur d’un procès historique en France. Accusé de crimes de guerre et contre l’humanité commis entre 2002 et 2003, Lumbala devra répondre de ses actes devant la Cour d’assises de Paris. Lire aussi : Roger Lumbala, ancien chef de guerre arrêté à Paris – Infocongo

Un parcours sinueux

Né en 1958, Lumbala s’engage dès son jeune âge dans l’opposition politique au régime de Mobutu Sese Seko. Exilé en France, il devient président de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) dans les années 1990. Mais son engagement politique prend un tournant sombre avec le déclenchement de la deuxième guerre du Congo en 1998.

Roger Lumbala de retour au Congo
Roger Lumbala de retour au Congo, porté par ses partisans (ph droits tiers)

Lumbala retourne au Congo et prend la tête du RCD-N (Rassemblement Congolais pour la Démocratie – Nationale), un groupe rebelle impliqué dans de graves atrocités. L’opération militaire « Effacer le tableau », menée par ses troupes en 2002 et 2003, est notamment accusée de massacres, tortures, viols, pillages et esclavage sexuel.

Après plusieurs années d’impunité, Lumbala est finalement arrêté à Paris en 2021. Son procès, qui s’ouvre en 2024, représente une étape importante dans la lutte contre l’impunité des crimes de guerre et crimes contre l’humanité en RDC. C’est la première fois qu’un ancien chef de guerre congolais est jugé en France pour des crimes commis sur le territoire congolais.

Roger Lumbala en tenue de seigneur de guerre (photo d’archives droits tiers)

Enjeux et implications

Le procès de Roger Lumbala est suivi de près par la communauté internationale et les organisations de défense des droits humains. Il représente un test crucial pour la justice internationale et la capacité des juridictions nationales à poursuivre les responsables de crimes graves.

Lire :  CAF : Maniema Union battu par Pyramides FC (0-1)

L’affaire Lumbala ravive les douloureux souvenirs d’une période sombre de l’histoire congolaise. Le conflit qui a déchiré le pays entre 1998 et 2003 a laissé des traces indélébiles et des milliers de victimes attendent toujours justice. Le procès de Roger Lumbala est une étape importante, mais il ne représente qu’un début. La lutte contre l’impunité en RDC est un long chemin semé d’embûches. Il est crucial que les efforts se poursuivent pour que les victimes obtiennent justice et que les responsables de crimes atroces soient enfin tenus redevables de leurs actes.

Voici quelques anciens seigneurs de guerre congolais en liberté :

Thomas Lubanga Dyilo :

Condamné à 14 ans de prison par la CPI pour crimes de guerre commis en Ituri en 2002-2003. Libéré en mars 2020 après avoir purgé les deux tiers de sa peine, il réside actuellement en Belgique.

Germain Katanga :

Condamné à 12 ans de prison par la CPI pour crimes de guerre commis en Ituri en 2002-2003, il a été libéré en décembre 2021 après avoir purgé les deux tiers de sa peine. Il réside actuellement en RDC.

Bosco Ntaganda:

Bosco Ntangada à la CPI (photo d’archives droits tiers)

Condamné à 30 ans de prison par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Ituri entre 2002 et 2005, il est en attente de son appel devant la Cour d’appel de la CPI. Il est détenu à la prison de Scheveningen aux Pays-Bas.

Jean-Pierre Bemba Gombo :

Condamné à 18 ans de prison par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Centrafrique en 2002-2003, il a été acquitté en appel en 2018 et libéré. Actuellement président du parti politique MLC, il est le ministre congolais de la Défense, et proche allié du président Félix Tshisekedi

Lire :  Lancement ce lundi de la campagne de solidarité nationale en faveur des déplacés internes en RDC

Guidon Shimiray Mwissa:

Ancien chef milicien Mai-Mai en Ituri. Il est accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, mais ne figure sur aucune liste de sanctions internationales. Il est libre de ses mouvements en RDC.

Antipas Mbusa Nyamwisi:

Ancien chef rebelle du RCD-K/ML, il est accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ne figure sur aucune liste de sanctions internationales. Proche de l’Ouganda, il est actuellement ministre de la Coopération Internationale et Régionale en RDC, et député national.

Jules Mutebusi:

Ancien chef milicien Raia Mutomboki au Sud-Kivu, accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ne figure cependant sur aucune liste de sanctions internationales. Il est libre de ses mouvements en RDC.

Il est important de noter que cette liste n’est pas exhaustive, et la situation juridique de certains anciens seigneurs de guerre peut évoluer. Mais, la présence d’un individu sur cette liste ne signifie pas nécessairement qu’il sera traduit en justice.

Un procès historique

Signalons que plusieurs personnes sont potentiellement impliquées dans le procès de Roger Lumbala. Il y a les témoins, qui sont les victimes des crimes présumés. Des témoignages directs des victimes seront essentiels pour établir la culpabilité de Lumbala.

Il y a les anciens membres du RCD-N. Des témoignages de co-accusés ou d’anciens subordonnés de Lumbala pourraient apporter des preuves cruciales sur les crimes commis.

Cependant, d’autres membres du groupe rebelle pourraient être jugés en tant que co-accusés, en fonction de leur implication présumée dans les crimes.

Il y a aussi les experts en droit international pénal, en médecine légale et en analyse des conflits peuvent apporter des éclaircissements sur les crimes et leur contexte.

Lire :  Roger Lumbala, ancien chef de guerre arrêté à Paris

Notons que le organisations de défense des droits humains peuvent se joindre au procès en tant que parties civiles pour soutenir les victimes et faire entendre leurs voix.

Le travail déterminant des ONG internationales et congolaise

Trial international Foundation for justice, Minority Rights Group et l’on ONG congolaise Justice plus, constituées parties civiles ont collaboré tout au long de l’enquête pour soutenir les communautés congolaises ainsi que les victimes et survivantes souhaitant partager leur histoire avec les autorités judiciaires françaises et réclamer justice et réparation des crimes subis. Le déroulement du procès peut influencer la liste des personnes impliquées.

Un procès très attendu

Toutefois, Le procès de Roger Lumbala n’a pas encore de date précise. Il a été mis en accusation par la Cour d’appel de Paris le 28 février 2024. Le procès devrait se tenir à Paris, probablement au cours de l’année 2025.

Plusieurs facteurs peuvent influencer la date du procès : la disponibilité des juges et des avocats, la complexité du dossier et le nombre de témoins, tout comme d’éventuels recours de la défense.

Pascal AMISI