Aéroport international de Kigali au Rwanda

Et si la République démocratique du Congo (RDC) décidait de bombarder l’aéroport international de Kigali, la capitale du Rwanda, en représailles aux attaques répétées de ce pays voisin sur son territoire, quelle serait la réaction de la communauté internationale ? Un scénario hypothétique, mais pas impossible. Lire aussi : Un drone Rwandais tire un obus sur l’aéroport de Goma et endommage un avion militaire – Infocongo

La première conséquence serait sans doute une escalade du conflit qui oppose depuis des années la RDC au Rwanda, par l’intermédiaire de la rébellion du M23, soutenue par Kigali. Le M23 est un mouvement armé majoritairement tutsi qui contrôle une partie du Nord-Kivu, une province riche en minerais située à la frontière entre les deux pays. La RDC accuse le Rwanda de piller ses ressources naturelles et de violer sa souveraineté, tandis que le Rwanda affirme défendre les droits d’une minorité opprimée et menacée par les forces congolaises.

Aéronef détruit lors du bombardement de l’aéroport de Dnipro, en Uraine (ph. droits tiers)

L’aéroport international de Kigali est le principal point d’entrée et de sortie du Rwanda

Un bombardement de l’aéroport de Kigali, qui est le principal point d’entrée et de sortie du Rwanda, serait considéré comme un acte de guerre par le régime du président Paul Kagame, qui n’hésiterait pas à riposter avec force. Le président Kagame n’a jamais caché ses intensions à ce sujet. Mais, alors, le risque serait de voir le conflit s’étendre à d’autres régions de la RDC, voire à d’autres pays de la région des Grands Lacs, comme l’Ouganda, le Burundi ou le Congo-Brazzaville, qui ont des intérêts et des alliances divergents dans la zone.

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La deuxième conséquence de ce scénario serait une forte condamnation de la part de la communauté internationale, qui considère le Rwanda comme un partenaire stratégique et un modèle de développement en Afrique. Le Rwanda bénéficie en effet du soutien de nombreux pays occidentaux, notamment les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, qui apprécient sa “stabilité politique“, sa croissance économique et son engagement dans les opérations de maintien de la paix. Ces pays ont souvent fermé les yeux sur les ingérences du Rwanda dans les affaires de la RDC, malgré les rapports accablants des Nations unies et des organisations de défense des droits de l’homme.

La politique de deux poids, deux mesures jouerait contre la RDC

Un bombardement de l’aéroport de Kigali serait donc perçu comme une provocation et une menace pour la sécurité régionale et internationale. Les pays occidentaux exigeraient sans doute de la RDC qu’elle cesse immédiatement ses hostilités et qu’elle s’engage dans un dialogue avec le Rwanda, sous l’égide de l’Union africaine ou de l’ONU. Ils pourraient également imposer des sanctions économiques ou diplomatiques à la RDC, voire envisager une intervention militaire pour protéger le Rwanda et rétablir la paix.

Une délégation américaine au Rwanda (Ph. droits tiers)

La troisième conséquence serait une mobilisation de l’opinion publique mondiale, qui serait “choquée” par la violence et l’ampleur du conflit. Les images des dégâts causés par le bombardement de l’aéroport de Kigali, qui est un symbole de la reconstruction du Rwanda après le génocide de 1994, feraient le tour des médias (acquis à sa cause) et des réseaux sociaux.

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L’hypocrisie serait dévoilée

Les organisations humanitaires et les personnalités influentes appelleraient à la solidarité avec le peuple rwandais et à la fin des violences. Les victimes civiles, les réfugiés et les déplacés, qui sont déjà nombreux dans la région, seraient au cœur des préoccupations et des appels à l’aide.

En conclusion, un bombardement de l’aéroport de Kigali par la RDC aurait des conséquences dramatiques pour les deux pays et pour la région des Grands Lacs, qui connaît déjà une situation de crise chronique. Il provoquerait sans doute une réaction forte de la part de la communauté internationale, qui chercherait à éviter une guerre ouverte et à rétablir le dialogue entre les parties. Il susciterait enfin une émotion et une indignation de la part de l’opinion publique mondiale, qui serait sensible au sort des populations affectées par le conflit. Lire aussi : Pourquoi les États-Unis et le Royaume-Uni continuent-ils à soutenir le Rwanda malgré les crimes en RDC ? – Infocongo