Yolande Elebe et Maggy Bizwazwa, deux plumes féminines de la RDC

Les activités littéraires se sont poursuivies samedi 14 septembre 2019, à la Place des artistes dans le cadre de la grande rentrée littéraire organisée par le Centre Wallonie Bruxelles A la découverte des plumes féminines de la RDC. La parole a été cette fois-ci donnée aux femmes écrivaines et autrices : Yolande Elebe avec son recueil de poèmes « Bictari et Divagations » et Maggy Bizwazwa dans son roman intitulé « Requiem pour Andali » qui se sont retrouvées face aux lecteurs dans un échange à bâtons rompus.

Source d’inspiration et thématique

Pour Yolande Elebe, son thème de prédilection c’est sans conteste la femme qui est l’un des piliers de son écriture. Les sujets importants touchent à la femme, à l’équilibre entre homme et femme, bref à l’humanité contrairement à la parité, au féminisme. « La femme doit s’exprimer renchérit-elle car les causes du divorce résident souvent dans le silence de la femme ». Le psychologue Jean Lumbala a utilisé son livre comme thérapie car les patients se sont reconnus dans ses histoires.

Maggy Bizwazwa touche quant à elle les faits de société à travers la prostitution, la débrouillardise ou « article 15 », la corruption, l’injustice sociale, les abus de pouvoir et d’autorité. Poursuivant sa pensée, elle s’oppose au travail des enfants, à l’abandon des autorités publiques qui laissent la population se débrouiller toute seule, aux politiciens égoïstes, démagogues qui ne sont là que pour leurs propres intérêts. Son genre de prédilection demeure la fiction car les endroits sont fictifs mais les faits racontés sont réels. Dans son premier roman « L’ombre des Okapis », elle s’est inspirée de la vie au village sans y avoir  été à travers les récits appris de son entourage qu’elle a transformé en narration.

Pour une politique du livre et de la publication

Les deux femmes écrivaines et autrices ont déploré l’absence d’une politique du livre et de la publication en RDC. Elles ont profité de cette opportunité pour lancer un vibrant appel aux autorités ayant la culture dans leurs attributions, pour la mise en place effective d’une politique de publication.

Pour Yolande Elebe : « L’écriture demeure un parcours de combattant pour la femme congolaise qui doit se battre toute seule pour publier son ouvrage. Beaucoup de femmes écrivent mais leurs écrits restent dans les tiroirs par l’absence d’une politique de publication du livre. Les conditions posées par les éditeurs sont exigeantes et onéreuses, d’où le recours à l’autoédition avec le concours des imprimeurs »

Une expérience dans l’autoédition pour fourbir ses armes

Son expérience dans l’autoédition avec le concours d’un imprimeur de la place a commencé avec 150 impressions lors de la première édition. C’est le vernissage avec le soutien des amis et connaissances qui lui a permis au bout du compte de vendre 1.500 exemplaires. Ce qui est un exploit vu le niveau de la vente du livre et de la lecture à Kinshasa avec la problématique de la manducation.

Pour Maggy Bizwazwa, son premier livre : “L’ombre des Okapis” méritait d’être publié par un grand éditeur. Tout est parti de la publication en ligne à travers le numérique en l’occurrence la page Facebook. Le Feed-back reçu de la part des lecteurs en majorité les femmes lui a poussé à publier ses manuscrits. Elle a pris en charge la publication de son premier roman  qui a paru aux éditions EDIL en 2011. Le vernissage a suivi en 2013 avec le soutien du Centre Wallonie Bruxelles de Kinshasa.

Pour se procurer leurs ouvrages, la distribution en ligne à travers les sites littéraires Ali Book et Amazon demeure le seul mode d’acquisition malgré la crainte sur la sécurité des achats en ligne, en dehors des distributions lors des vernissages et conférences.

Echanges et débats : « quid de l’avenir de la femme écrivaine en RDC ? »

Lors des échanges qui ont suivi sous forme d’entretien à bâtons rompus, les lecteurs se sont beaucoup plus préoccupés des difficultés rencontrées par les femmes écrivaines lors des publications, les blocages rencontrés en tant que femmes dans l’exercice de leur métier, la tendance d’adoucir les propos sur les contours de certains problèmes de société et surtout l’avenir de la femme écrivaine en RDC.

En réponse à ces préoccupations des lecteurs, les deux femmes écrivaines et autrices ont d’emblée reconnu les difficultés d’ordre financier qui poussent la femme écrivaine à dépenser elle-même pour publier son livre quel qu’en soit le coût. Toutefois, elles  ont encouragé les femmes à écrire en attendant d’être publié ou avec le soutien du cercle familial. Les jeunes filles qui se lancent dans l’écriture à ne pas abandonner leurs rêves. Donner aux jeunes le goût de la lecture car l’écriture est sacrifiée dans notre pays au profit de la musique et des sports.

La publication, la vulgarisation, la distribution, bref le marketing demeure la difficulté majeure. Il n’y a pas de différence entre écrivains homme et femme car tous racontent les mêmes histoires.  Les femmes  ont-elles souligné écrivent mais très peu publient, c’est un parcours de combattant. Le coût du livre est un obstacle à la promotion du livre et de la femme écrivaine. Il s’agit de saisir les opportunités qui s’offrent à l’internet avec les réseaux sociaux.

Pour Yolande Elebe : “Les femmes ont un pouvoir au- delà des obstacles. Elles ont la possibilité de faire quelque chose au- delà de ce que la société attend d’elles. Rêver, écrire est un don hormis la carrière, la profession. C’est cette plume qui a fait que mon nom soit connu en RDC et à l’étranger”

La culture du silence

Elle estime que la culture du silence est une réalité chez nous. Nous ne sommes pas habitués à dire ouvertement ce que nous pensons. Nous nous exprimons de manière imagée en imitant la femme parfaite. La femme  est de nature subtile et la femme congolaise apprend la subtilité depuis l’enfance. Quand vous dites les choses telles qu’elles sont vous êtes aussitôt critiqué alors la femme développe un mécanisme de protection. Quand la femme écrit, elle le fait de manière subtile pour ne pas s’attirer les foudres de la société. L’avenir c’est donner à la femme, la même possibilité qu’à l’homme. Quand elle occupe un poste de responsabilité, on se demande si elle en a les compétences.

Finalement, la femme se réserve pour garder sa stature de femme vertueuse qu’elle cherche à protéger en s’exprimant de manière réservée. Les deux femmes écrivaines pensent que même si c’est difficile, la femme doit s’exprimer. La fille a le sens de la réflexion, elle apprend très tôt la gestion en faisant le marché. Le jour où on donnera le pouvoir à une femme dans ce pays les choses seraient différentes ont-elles conclu.

Selon Maggy Bizwazwa : « La base c’est le goût de la lecture à donner à la jeune fille depuis son enfance environ 8 à 10 ans pour s’épanouir dans sa maturité. On doit continuer à se battre pour s’exprimer davantage tout en reconnaissant que les choses ont quand même évolué par rapport à cela. Dans l’avenir poursuit-elle, il nous faut une politique d’éducation, un état de lieu de l’éducation nationale de manière à proposer les livres aux enfants depuis l’école. La politique de la gratuité de l’enseignement de base garantie par la constitution est l’un des piliers de cette mesure »

Faire adopter au Parlement la politique du livre

Pour conclure, Madame Kathryn Brailly, déléguée Wallonie Bruxelles, organisatrice de cette grande rentrée littéraire de Kinshasa  du 12 au 15 Septembre 2019 a saisi la balle au bond pour rectifier le tir en disant que la politique du livre existe bel et bien dans notre pays. Le texte est là, il reste tout simplement à le proposer au parlement pour son adoption. « Bictari et Divagations » de Mme Yolande Elebe et « Requiem pour Andali » de Mme Maggy Bizwazwa ont grandement besoin d’une politique du livre efficace pour leur promotion et consommation à un prix défiant toute concurrence par les lecteurs.

Rendez- vous est donc pris pour la 5ème édition de la Grande rentrée littéraire de Kinshasa en 2020.

Xavier NTETE

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