Le Pr Georges Byeragi Safary appelle Félix Tshisekedi à la prudence sur la construction du pont-route-rail sur le fleuve Congo

Dans une interview exclusive accordée ce mardi 02 juillet 2019, le Professeur Georges Byeragi, économiste, expert en commerce international exprime ses réticences sur l’épineuse question de la construction d’un pont-route-rail qui relierait les deux capitales les plus proches d’Afrique à savoir, Kinshasa et Brazzaville.

Georges Byeragi est auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier édité en collaboration avec son collègue Bahati Lukwebo intitulé : « Le Commerce International dans une économie globalisée. Défis, enjeux et perspectives pour la RDC », il a réagi avec une grande perspicacité comme tout bon scientifique, et une grande passion patriotique, le Professeur Byeragi a recadré le contexte de ce projet par rapport aux avantages et désavantages que cela entraîne. Pour lui, la République Démocratique du Congo ne peut rien attendre de ce projet qui n’est qu’un cheval blanc et qui par contre va contribuer à l’affaiblissement de l’économie nationale. Pire encore, il voit en ce projet, la mise en application rapide des agendas cachés des ennemis du Grand Congo qui veulent l’affaiblir de l’intérieur par la balkanisation :     

« Pour les habitués des coulisses diplomatiques, la joie du président de la BAD devant les micros et caméras lors de sa dernière visite de travail à Kinshasa le mois passé, se cachaient sûrement cachée beaucoup de choses. La RDC est l’un des pays au monde qui subit beaucoup de pression en cette période de mondialisation et de libre-échange, non seulement à cause de ses richesses naturelles mais aussi pour son indépendance et son intégrité territoriale. Les moins expérimentés sur les questions, par exemple, intégration régionale, ne vont pas comprendre ma pensée.

Un piège contre la RDC

Le sujet relatif au pont sur le fleuve entre Brazzaville et Kinshasa est un grand piège savamment monté et bien dosé par les occidentaux contre notre pays et notre peuple. Ils sont jaloux de notre territoire et de ses ressources naturelles riches et de grande valeur économique. Ils ne veulent pas nous aider, mais ils sont dans la logique de nous détruire à travers de miettes, 500 millions d’euros.

Le peuple congolais doit faire un seul bloc contre ce projet, l’intérêt est national et non provincial. Ces gens savent qu’en nous faisant rêver avec un pont reliant deux capitales au nom de l’intégration sous-régionale et ou régionale, la stratégie de créer les désordres en RDC va bientôt être exécutée. Le peuple Congolais doit dire NON à ce projet.

Resoudre en interne les problèmes du Congo

La RDC a besoin de construire en interne de grandes infrastructures, notamment l’aéroport international de N’Djili (à Kinshasa), le port en eau profonde de Banana (Kongo Central), et l’aéroport international de Kivu (Sud Kivu), pour bien participer à la compétition sous-régionale, régionale et internationale. La RDC n’a qu’une option : construire d’abord le port en eau profonde, avant le pont route rail Kinshasa-Brazzaville. Le développement de la RDC ne proviendra pas de l’intégration régionale, mais de l’élaboration du projet national commun planifié à court, à moyen et à long terme.

Nous sommes prêts pour amorcer le développement de notre pays mais sans pression externe ni immixtion dans les affaires internes de notre pays par les pays occidentaux. C’est ici le lieu de condamner la précipitation de nos leaders dans la signature des accords liés à l’intégration sous-région ale et régionale. Notre pays possède des experts dans ce domaine, que gagnons-nous en les excluant continuellement dans les négociations sous-régionale, régionale et internationale ?

Faut-il recourir auprès d’elle toujours quand il y a catastrophe seulement ? Selon nos propres analyses, construire le pont avant le port en eaux profondes de Banana, ce sera le début de grands dégâts sur l’environnement social et culturel, et surtout économique.

Un projet porteur de germes économiques nuisibles à la RDC

Nous avons observé que le projet de construction de ce pont est porteur de beaucoup de germes sur le plan économique. Toutes les entreprises publiques, entre autres : l’ONATRA, l’OCC, la DGRAD ajouter sur la liste nos nombreux transporteurs routiers courent le risque de fermer à cause des conséquences du détournement du trafic de Pointe noire à Kinshasa, via Brazzaville. Avec une solide expérience sur la question d’intégration régionale, les gens qui appuient la construction de ce pont, préparent l’implosion de notre pays. Ils sont contre l’unité nationale. Ils sont contre notre peuple. Bref, ils veulent matérialiser le grand projet de balkanisation de notre pays.

Nos analyses indiquent déjà qu’après la construction de ce pont, le taux de chômage peut exploser en RDC et à Kinshasa en particulier. Ce qui va ouvrir la route vers la révolution sociale qu’aucun acteur politique congolais ne saura jamais maitriser suite à la faillite de la roue économique de notre pays au profit de nos voisins… Partant de ces éléments sus-évoqués, le projet pont-rail n’est pas une priorité, selon nous. Pourquoi nourrir les enfants du voisin quand sa propre progéniture est entrain de mourir de famine ? J’invite le président de la République actuel à résister à toute pression externe. Le Congo d’abord… »

Priorité au port en eau profonde de Banana

Le Professeur Georges Byeragi envisage, par contre, la construction du port en eau profonde de Banana qui présente beaucoup d’opportunités en terme de création d’emplois, de la formation d’une main d’œuvre qualifiée en matière de gestion des ports internationaux et de l’acquisition de nouvelles technologies  pour le bien du peuple congolais.

Le partenaire de la RDC en cette matière, la firme Emirats Arabes Unis, DP WORLD apportera des ressources financières, la formation en gestion moderne, la nouvelle technologie sans oublier l’expertise.

L’unique besoin qui se posera c’est en termes de main d’œuvre locale pour la mise en œuvre de ce projet pour la gestion d’un port international.

Pour cela, le Professeur préconise une période de formation en continu, afin que cette expertise soit maîtrisée par les congolais.

La construction du pont en eau profonde de Banana permettra aussi la création des hôpitaux, des complexes hôteliers, des écoles, la construction des routes, la mise en place des sociétés de gardiennage pour la protection de tous ces immigrés, la promotion des lieux touristiques avec comme conséquence l’arrivée des devises étrangères en masse et un boom économique qui pourra permettre aussi à la RDC de figurer parmi les bourses internationales.

Confier le projet au gouvernement et au Parlement

Cet économiste avéré recommande au Chef de l’Etat de confier ce dossier au prochain gouvernement pour recadrer et renégocier les termes et les conditions, impliquer même le parlement car c’est une question de souveraineté nationale à court, moyen et long termes : « Il y a un défaut dans ce pays, c’est que nous aimons signer des accords sans savoir ce que nous gagnons dans ceux-ci et ce que nous devenons. J’ai vu cela depuis que j’étais aux Affaires étrangères. On a vu des gens signer des accords sans  tenir compte du contenu. Or, dans un accord il y a toujours des termes et des conditions, et si vous ne les maîtrisez pas, ne signez pas.

Nous avons des guerres bêtes aujourd’hui en RDC depuis plus de deux décennies parce que des gens se sont aventurés à signer des accords écrits en français et en anglais, un ministre congolais qui ne sait pas parler anglais et qui signe des choses qu’il ne maîtrise pas et quelque temps après c’est tout le pays qui en paie le prix. C’est la base de nos conflits.»

In fine, le Professeur Georges Byeragi pense qu’il faut postposer la construction du pont-route-rail qui n’offre aucun avantage économique à la RDC, même aux services subsidiaires comme le tourisme, surtout que le Congo Kinshasa n’a aucun produit reconnu à travers un numéro  standard ISO pour sa commercialisation à l’extérieur, contrairement au petit Brazza qui produit déjà des produits manufacturés à nous vendre, comme le jus et aujourd’hui pourra nous fournir des tissus fabriqués chez lui par les firmes chinois aujourd’hui présentes sur l’autre rive du fleuve Congo.

Aborder le problème d’un point de vue scientifique

Il faut, pour ce scientifique, non seulement réfléchir, mais surtout préparer les textes et les conditions à proposer sur la table des négociations avec la BAD : « Il faut voir ce problème du côté scientifique et éviter des arguments émotionnels, des sentiments comme c’est le cas avec nos frères Ne Kongo. Moi je me mets du côté purement scientifique en démontrant les avantages et les désavantages que cela implique. Dans cette affaire du pont-route rail-nous ne gagnerons rien. Oublions les querelles pour un projet commun national. Avec la construction de ce pont en eau profonde de Banana, 5 ans c’est trop pour son décollage. Le Congo doit devenir grand, pourvu que se enfants grandissent. Et pour cela, il nous faut des nouvelles idées et des projets bancables pour être financés. »

Jacques Kalokola              

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