Milice Zaïre active dans la province de l'Ituri

24 morts ont été enregistrés à la suite des affrontements entre les milices Codeco et Zaïre se sont affrontées dans plusieurs villages aux alentours du site des déplacés de Drodro, dimanche 8 janvier 2023. Ces affrontements sont devenus récurrents entre les différents groupes armés dans le territoire de Djugu (Ituri), où le gouvernement congolais peine à restaurer la paix depuis plus de six ans.

Les miliciens Codeco (Coopérative pour le développement du Congo), qui disent défendre la communauté Lendu, sont accusés d’avoir mené ces attaques, en représailles à la mort d’un enseignant Lendu tué dimanche matin par des miliciens du groupe « Zaïre » (qui dit défendre la communauté Hema), ont expliqué certaines de ces sources.

Un acteur humanitaire a annoncé dans la journée, sous couvert d’anonymat, la découverte des corps de 16 civils tués la veille « par les miliciens Codeco à Blukwa, Jisa et Largu », dans la chefferie (regroupement de villages) de Bahema Nord du territoire de Djugu.

Bilan incertain

Cette source a revu en début de soirée ce bilan à la hausse à 24 morts, après la découverte de nouveaux cadavres.

« Nous avons découvert d’autres corps à Jisa, à Largu et à Blukwa », ce qui fait passer le nombre de morts de 16 à 24, a confirmé à l’AFP Charité Banza, président de la société civile de cette chefferie. Le bilan pourrait encore s’alourdir. « D’autres villages demeurent inaccessibles », a-t-il ajouté.

« C’est une désolation… Nous mourons comme des animaux », s’est-il alarmé.

Miliciens CODECO
Miliciens CODECO

Les assaillants de CODECO se sont d’abord attaqués à la population dans un marché local.

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« Les miliciens ont tué au village D’zudha 5 personnes et pillé plusieurs biens, à Drodro ils ont tué 7 personnes et au village Jisa ils ont encore tué 4 personnes et incendié des maisons. Le bilan définitif sera connu lorsqu’on aura accès sur le terrain parce que les CODECO circulent encore », a dit Charité Banza, président de la société civile du secteur Bahema Nord.

Attaque violente

L’attaque a été violente. L’armée est intervenue pour limiter les dégâts. Cinq personnes ont été tuées dont un soldat, d’après le porte-parole militaire en Ituri.

« Les Forces armées ont contrecarré les attaques de la milice Codeco à Largu, à Blukwa-Mbi sous prétexte de venger la mort de deux sujets Lendu qui étaient tués par la milice Zaïre. L’armée régulière a réussi à maîtriser la situation. Un soldat a été tué et 4 autres sont blessés. Du côté de la population, il y a quelques maisons incendiées, jusque-là 4 civils ont été retrouvés tués », a indiqué le lieutenant Jules Ngongo.

Cette attaque est la plus meurtrière dans la région de Drodro plus précisément aux alentours du site des déplacés, après celle menée fin 2021 par Codeco faisant 70 morts dont des déplacés de guerre. Plus de 2000 abris des déplacés étaient détruits et 20 000 personnes s’étaient déplacées de Drodro et Tché pour trouver refuge à Rho, près d’une base des casques bleus. A la suite de ces incidents, en février 2022, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait effectué un déplacement à Rho.

Roo, camp de déplacés
Camps de déplacés de Roo, Ituri

Situation alarmante autour du camp de Drodro, pas d’avancée du programme DDRC-S

Mais depuis, la situation ne s’est pas améliorée. Des groupes armés naissent et les violences s’accentuent. C’est le cas du groupe Zaïre qui prétend à son tour défendre la communauté Hema contre les attaques de Codeco. Malgré l’initiative de paix enclenchée à Nairobi, les lignes n’ont pas bougé sur le terrain. Le programme DDRC-S est à ce jour loin d’être une réalité au regard de la situation à Djugu.

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« Nous demandons au groupe Zaïre de cesser ses provocations, aux miliciens Codeco de respecter le processus de paix de Nairobi et aux autorités de mettre des militaires dans les villages de Hema et de Lendu » pour protéger les habitants, a demandé Désiré Mbutchu, militant d’une ONG de défense des droits humaines du territoire de Djugu.

Le porte-parole de l’armée congolaise en Ituri, le lieutenant Jules Ngongo, avait de son côté évoqué lundi dans la journée quatre civils tués, deux miliciens mis « hors d’état de nuire » par les forces armées de RDC (FARDC), dont un soldat a été tué et 4 blessés dans les combats.

Les Codeco étaient représentés à la session de pourparlers de paix organisée fin novembre à Nairobi avec plusieurs dizaines de groupes armés opérant dans l’est de la RDC. Les Zaïre avaient quant à eux décliné l’invitation.

Plusieurs attaques meurtrières suivies de représailles ont eu lieu depuis dans la province, riche en or et secouée depuis des années par des violences récurrentes. Lire aussi: RDC : les miliciens CODECO et FPIC se rapprochent de Bunia, la panique gagne la population