Vincent karega

Le gouvernement congolais a décidé samedi 29 octobre d’expulser Vincent Karega, ambassadeur rwandais en poste à Kinshasa, a annoncé samedi soir le porte-parole du gouvernement congolais et ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya.

Vincent Karega a 48 heures pour quitter la RDC. En effet, les autorités congolaises disent avoir des rapports émanant notamment des drones qui démontreraient l’arrivée massive des troupes rwandaises sur le sol congolais, pour appuyer le mouvement rebelle du M23. Ce dernier a conquis samedi la cité de Rutshuru Centre et celle de Kiwanja, provoquant des milliers de nouveaux déplacés dans la province du Nord-Kivu.

Vincent Karega
Vincent Karega, ambassadeur du Rwanda en RDC

Peu avant cette annonce, le président de RDC Félix Tshisekedi a présidé à Kinshasa « une réunion élargie du Conseil supérieur de défense », pour évaluer la situation après « une série d’attaques et d’occupations de localités congolaises (…) par le M23 appuyé par l’armée rwandaise », a indiqué Patrick Muyaya dans un communiqué lu à la télévision officielle. « Il a été observé ces derniers jours une arrivée massive des éléments de l’armée rwandaise pour appuyer les terroristes du M23 en vue d’une offensive générale contre les positions des forces armées » congolaises, a-t-il affirmé.

48 heurs pour quitter Kinshasa

« Au regard des faits qui précèdent », le « Conseil supérieur de défense demande au gouvernement d’expulser dans les 48 heures suivant sa notification M. Vincent Karega », ambassadeur du Rwanda en RDC, du fait notamment « de la persistance de son pays à agresser la RDC », a ajouté le porte-parole.

Notons par ailleurs qu’un rapport non-publié de l’ONU consulté en août par l’AFP pointait une implication du Rwanda auprès du M23 et, cette semaine, un ambassadeur américain aux Nations unies a clairement évoqué « l’aide apportée par les Forces de défense rwandaises au M23 ».

Pour sa part, le Rwanda dément et accuse en retour la RDC – qui nie elle aussi – de collusion avec les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), un mouvement de rebelles hutu rwandais, dont certains impliqués dans le génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda.

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Félix Tshisekedi s’adressera à la nation congolaise dans les jours qui viennent concernant ce dossier, a ajouté le ministre. Kinshasa accuse depuis des mois Kigali de soutenir le M23.

Rutshuru-centre et Kiwandja tombent aux mains du M23 sans difficultés majeures

Sur le terrain, depuis une semaine, les forces armées congolaises font face à une offensive des combattants du M23 sur plusieurs fronts, dans la province du Nord-Kivu. Samedi, Kiwandja et Rutshuru-centre ont été conquis par le M23 qui n’a pas rencontré une grande résistance. Les deux villes sont situées à près de 70 Km de Goma. Alors que l’arrivée des rebelles a provoqué de nouveaux déplacements de populations, un calme précaire règne dans les deux agglomérations.

Route Rutshuru-Goma
Route Rutshuru-Goma, au Nord-Kivu

Selon plusieurs sources concordantes, il n’y a quasiment pas eu d’affrontements à l’entrée du M23 à Kiwanja. Néanmoins, quatre casques bleus marocains ont été ciblés et blessés par balles, poussant la Mission onusienne de sécurité (Monusco) à se fendre d’un communiqué pour rappeler que les attaques visant les soldats de la paix peuvent constituer des crimes de guerre. Elle a aussi promis qu’elle « ne ménagera aucun effort pour poursuivre les responsables devant les juridictions nationales et internationales ».

Soldats et matériels abandonnés

Dans la journée de samedi, du matériel militaire et des munitions récupérés dans et aux alentours de Kiwanja ont été déposés par des jeunes dans la base de la Monusco. Une quarantaine de soldats des forces armées de la RDC, parmi ceux qui n’avaient pas pu se retirer de la cité plus tôt, se sont également rendus au quartier général de la mission onusienne.

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Bien qu’ayant à présent le contrôle total de Kiwanja, le M23 n’a pas pris contact avec la Monusco, selon des sources onusiennes. Pour leur part, les casques bleus organisent des patrouilles le long de la stratégique Route Nationale N°2 pour rétablir la circulation particulièrement pour des besoins humanitaires de Goma jusqu’à Rutshuru, renseigne la Monusco.

Enorme défi humanitaire

En raison de l’avancée du M23, des dizaines de milliers d’habitants ont été contraints de se déplacer vers Goma, située à 70 km. Leur nombre reste indéterminé, mais selon le bureau des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), 35 000 personnes se sont rendues, ces deux derniers jours, de Rutshuru vers la bourgade de Kanyaruchinya, au nord de Goma. Ce qui donne une idée de l’ampleur du phénomène de ces déplacements de populations et des conséquences humanitaires. Lire aussi: Après sa conquête de Kiwanja, le M23 installe un dénommé Bisani comme administrateur du territoire