Rdc: la ruineuse « protection » des décideurs politiques pour les commerçants expatriés

En République démocratique du Congo, les riches brasseurs d’affaires expatriés, libanais, indo-pakistanais, et chinois depuis un certain temps, connaissent tous la chanson: pour se mouvoir comme un poisson dans l’eau, pour prospérer dans l’import-export, pour se bâtir des empires immobiliers ou pour se faire une place au soleil dans l’agroalimentaire, et même pour gagner des procès que tout le monde considère comme perdus d’avance, il faut savoir conjuguer le verbe manger à l’indicatif du présent.

Ceux qui s’hasardent à oublier ce principe de base, ne font pas souvent longue carrière, et se retrouvent souvent dans des cachots insalubres des parquets de la ville, ou sont tout simplement expulsés tout affaire cessante du pays, les motifs pour cette mesure extrême étant souvent disponibles à foison, pour ces personnes qui opèrent souvent en marge des lois du pays.

A Kinshasa comme ailleurs dans les autres métropoles du pays, contrarier un riche commerçant libanais ou indo-pakistanais, équivaut dans la plupart des cas, à se voir embarquer dans l’heure qui suit, par une escouade des policiers, agissant sous les ordres d’un quelconque dignitaire politique, militaire ou judiciaire du pays.

Dans pratiquement toutes les institutions nationales, ministres, Généraux, Hauts-magistrats, hauts fonctionnaires ou Gouverneurs de provinces, c’est à chacun son libanais ou indo-pakistanais, ces derniers agissant comme pourvoyeurs perpétuels de fonds, en contrepartie d’une permission de faire ou d’agir comme bon leur semble dans le domaine de leurs affaires, assurés d’une totale impunité.

La République des « protecteurs »

La récente suspension du Dg de la Dgm Roland Kashwantale par le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur Gilbert Kankonde, a encore mis à nu cette pratique qui trouve ses racines dans l’ancien régime de feu Maréchal Mobutu.

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Gilbert Kankonde, propulsé ministre de l’Intérieur grâce à sa proximité avec le nouveau Chef de l’Etat après de longues années d’errance sur les pavés de Bruxelles, a vite fait de mesurer toute l’étendue de son pouvoir et des perspectives que ce poste stratégique lui offrait.                                 

Pour la mise en bouche, il s’était d’abord spécialisé dans le maintien en poste, souvent au mépris de la loi, des Gouverneurs déchus par leurs assemblées provinciales, moyennant des prébendes qui, dit-on dans les salons huppés de Kinshasa, ont fait le plus grand bien à son compte en banque, et lui ont vite valu quelques propriétés immobilières dans la ville.                     

L’appétit vient en mangeant

En début de cette année, comme pour justifier l’adage qui dit que l’appétit vient en mangeant, le ministre de l’Intérieur avait franchi une nouvelle étape en prenant fait et cause pour un riche sujet libanais, propriétaire de l’entreprise Safricom, qui avait allègrement érigé des magasins pavillonnaires dans l’espace du marché central de Kinshasa, et qui ne payait que des miettes dans les caisses de la ville.

A la mesure du Gouverneur Gentiny Ngobila qui venait de fermer le marché pour besoin d’assainissement lié au covid-19, et à sa volonté de détruire les magasins de Safricom pour dol du contrat conclu avec la ville, Gilbert Kankonde avait opposé un déploiement musclé des forces de l’ordre et une réouverture des étals du marché qui est ainsi resté avec toute sa crasse. Mais l’objectif était atteint: Safricom a été sauvé, au grand bonheur de son propriétaire libanais et de son protecteur congolais.

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Il faut préciser ici qu’un autre requin d’affaires de souche libanaise, Abed Achour, très célèbre dans les milieux politiques kinois, était à la manœuvre du côté de Gentiny Ngobila. C’était en quelque sorte, un match « pièce contre pièce », entre parrains libanais, par protecteurs congolais interposés.

A chacun son territoire

Dans l’affaire Dgm, l’erreur du ministre de l’Intérieur est certainement d’avoir visé encore plus haut que le secteur de chasse lui concédé par le nouveau pouvoir. Certes, il était le parrain puissant des deux indiens expulsés par la Dgm.

Mais au regard de sa tutelle sur cette administration, il aurait pu y aller par la persuasion, voire par de simples pressions discrètes pour obtenir la surséance. Lui a préféré la méthode forte, comme pour affirmer sa toute-puissance de ministre de l’Intérieur membre du sérail au pouvoir. Mal lui en a pris.

Le Dg suspendu avait plus fort qu’un ministre derrière lui. Il lui a sorti le propre jeune frère du Chef de l’Etat, son beau-frère, Chef du Protocole de son état, et murmure-t-on, sa propre épouse, la première dame de la République.

Du coup, le match était plié, avant même de commencer. Et Gilbert Kankonde, conscient de ses propres limites, s’est retrouvé avec son propre arrêté de suspension en travers la gorge.

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