Le village Bondeko plaide pour un quota des personnes vivant avec handicap dans les entreprises

Le coordinateur des villages Bondeko, l’Abbé Zéphyrin Nsimba, s’est confié dans une interview accordée le samedi 31 août dernier à infocongo.net, pour exprimer le satisfecit de tout le personnel de cette œuvre catholique de l’Archidiocèse de Kinshasa qui s’occupe de l’éducation et l’enseignement des personnes vivant avec handicap(PVH).

En effet, pour le responsable numéro un de cette association qui a bien voulu nous recevoir dans son bureau situé dans la commune de Kinshasa, derrière la Paroisse St Pierre, n’a pas hésité à féliciter l’actuelle ministre déléguée près le ministère des affaires sociales pour les personnes vivants avec handicap, qu’il a eu à associer dans des activités qu’organise le village Bondeko tous les 03 Décembre à l’occasion de la journée internationale des personnes vivant avec handicaps.

Appel au soutien du gouvernement Ilunkamba

Il appelle toutes les structures travaillant dans ce secteur d’épauler le gouvernement Ilunkamba, en général, et la Ministre Délégué, Madame Esambo Irène, leur camarade dans la lutte pour les droits de cette catégorie des personnes, afin que la mission leur confiée réussisse pour le bien de tous : 

« Je vois qu’il y a beaucoup d’innovations dans ce nouveau gouvernement et il faudrait que nous soyons capables d’aller vers ce gouvernement pour apporter les informations qui peuvent accompagner leur travail car ils ont beaucoup de travail à faire. Ne restons pas de notre côté pour commencer à critiquer. Nous, village Bondeko, nous sommes prêts à aller d’abord vers le ministre des affaires sociales parce que nous venons d’apprendre que dans l’actuel gouvernement, on vient de nommer un ministre délégué chargé des personnes vivant avec handicap et autres personnes invalides en la personne de Madame Irène Esambo qui est déjà passer chez nous pour animer une conférence à l’occasion de la journée internationale des personnes vivant avec handicap que nous célébrons chaque 03 décembre. Nous ferons un pas vers elle, non seulement pour la féliciter, mais aussi pour apporter quelques idées pour la concrétisation de cette innovation que vient d’initier notre pays. »

Irène Esambo, une valeur sure

Irène Esambo, Ministre déléguée chargée des PVH

L’Abbé Zéphyrin Nsimba a loué les qualités de l’actuel ministre délégué chargé des personnes vivant avec handicap, Madame Irène Esambo, qu’il a côtoyé avant sa nomination, une personne qui s’est prise en charge pour se donner une personnalité importante dans la société : « Elle est ministre parce qu’elle le mérite par son diplôme, par ses compétences, par son intelligence et non parce qu’elle est une PVH. Comme le profil d’autres PVH peuvent convenir à beaucoup d’autres postes ministériels pourquoi pas dans les entreprises publiques comme mandataires, ce qui fut le cas avec Jean Claude Masangu qui a gouverné la Banque centrale du Congo durant 15 ans de main de maître et avec droiture. »

Appel à la réintégration des PVH

L’aumônier des personnes vivant avec handicap de l’Archidiocèse de Kinshasa, plaide pour l’ouverture d’espace dans tous les secteurs de la vie publique : « C’est le moment de faire une grande ouverture en faveur des personnes vivant avec handicap, afin que notre pays puisse bénéficier aussi de leurs compétences. » Il demande aux entreprises publiques comme privées de vouloir accorder au moins 10% de l’actif réservé à l’ensemble du personnel à cette catégorie des personnes, afin de leur permettre d’exprimer leurs compétences.

Il demande aussi à ces derniers de pouvoir donner le meilleur d’eux-mêmes : « Le président Kennedy disait aux américains de se demander ce qu’ils doivent faire pour les USA et non ce que les USA doivent faire pour eux. Nous demandons à Madame la Ministre Déléguée de faire en sorte que les PVH puissent se dire ce qu’ils feront pour l’Etat et non le contraire. »

De l’éducation des enfants vivant avec handicap

Quant à la question de savoir si l’éducation des enfants vivant avec handicap est une tâche facile, ce spécialiste en matière de l’éducation et enseignement des PVH a estimé que c’est possible comme cela l’est pour tout le monde mais qu’il faut tenir compte des besoins spécifiques de chacun. La communication est un besoin spécifique pour personnes vivant avec un handicap auditif car faute de communication ce dernier peut présenter un comportement anormal. Pour les aveugles, il faut nécessairement respecter leur écriture, le brai car elles lisent avec le bout de leurs doigts : 

« Les personnes vivant avec handicap sont extraordinaires parce que si les personnes comme nous faisons la lecture avec nos yeux, ces personnes la font par le bout des leurs doigts. Donc c’est des gens extraordinaires qui ont droit à l’éducation comme tout le monde, d’ailleurs on parle de l’éducation pour tous sans exception. C’est des personnes à part entière et nous devons nous adopter à leurs besoins spécifiques pour créer un monde inclusif. C’est pourquoi nous lançons un appel vibrant à notre gouvernement, afin qu’il réserve une attention particulière à l’inclusion. Si dans notre culture ces personnes sont souvent rejetées, nous, village Bondeko, avons l’expertise et sommes prêts à collaborer avec la ministre Déléguée près du ministère des affaires sociales et avec tout le monde, pourquoi pas la présidence de la République dans le souci d’améliorer la qualité de vie des PVH dans notre société. Il ne faut pas que l’Etat congolais hésite à recourir à notre expertise. Nous sommes prêts à collaborer même par téléphone et non être nécessairement dans un cabinet ministériel. »

De la gratuite de l’école

L’Abbé Zéphyrin Nsimba a commencé par souligner le fait que l’on ne peut pas parler de la rentrée scolaire 2019-2020 sans la gratuité de l’enseignement qui est une nouveauté sans précédent dans l’histoire de notre pays : « c’est une année scolaire spéciale car on va commencer une gratuité à l’enseignement de base. Je profite de votre fenêtre pour remercier le nouveau Chef de l’Etat et saluer son courage politique car nous avons milité pour cette gratuité il y a plusieurs années et rien n’avait été fait par ses prédécesseurs et le Président Félix vient de gagner le pari. Chapeau bas ! »

Fonctionnement du village Bondeko et son Coordinateur

L’Abbé Zéphyrin est prêtre de l’Archidiocèse de Kinshasa ordonné prêtre en 1990 par le Cardinal Frédéric Etsou. Il a une spécialisation en éducation spéciale de l’Université Garded à Washington DC aux USA, spécialement dans l’apostolat des sourds. Après avoir travaillé pour une courte durée dans une paroisse, il va se consacrer pour l’apostolat des personnes vivant avec handicap à partir de 1991. Sa vocation est partie d’un choc positif lors de sa rencontre la même année avec un prêtre américain du nom de David Cornet qui s’occupait des personnes vivant avec handicap et qui communiquait avec ces derniers en utilisant non sa voix mais le langage des signes. C’est ce qui réveilla l’envie du jeune prêtre qui s’engagea lui aussi à côté du père David cornet.

A quelque chose, malheur est bon, en 1992 c’est les pillages qui s’annonce et le père responsable des PVH doit s’éclipser un peu comme étranger pour le Congo Brazzaville et laissera la place au jeune néophyte qui va vite se mettre au travail jusqu’à épater son mentor par son savoir -faire à l’espace de trois mois seulement car l’Abbé Zéphyrin peut déjà tenir une messe entière par des gestes tout en combinant ce service d’avec celui de sa paroisse de rattachement, Ste Marie Goretti. C’est ce qui poussa l’ancien Archevêque, le Cardinal Etsou, à l’envoyer pour mes études aux USA (1994-1996).

Une vie au service des autres

Ainsi, sur les 29 ans de Sacerdoce, ce veillant prêtre a consacré jusque- là 27 ans aux PVH. Il est expert en enseignement spécial des personnes vivant avec handicap qui sont réunies en quatre catégories : les handicapés auditifs (sourds) ; les handicapés mentaux (les déficients mentaux), les handicapés moteurs (physiques), les handicapés visuels (aveugles). Il fut nommé comme coordinateur diocésain des villages Bondeko par l’ancien Cardinal Laurent Monsengwo en 2013.  Cette institution fut créée par le tout premier Archevêque congolais, Joseph Malula, d’heureuse mémoire en 1980.

Les villages Bondeko fonctionnent dans le domaine de l’enseignement spécial et a comme devise : Intégration-Amélioration-Egalité, ce qui renvoie à ses objectifs principaux en faveur des personnes vivant avec handicap. Les enseignements sont organisés dans 20 écoles d’enseignement spécial à la maternelle, primaire, secondaire et professionnel dans 15 des 24 communes de Kinshasa avec comme ambition de servir toute la population avec le temps.

Des services spécialisés et diversifiés

On retrouve aussi des services connexes au sein de cette institution dont l’orthopédagogie, les services paramédicaux où l’on retrouve la rhinologie (oreille), la logologie (langue), la kinésithérapie pour les infirmités motrices cérébrales(IMK) sous-service de neurologie. L’orthopédie est pour la fabrication des appareillages destinés aux infirmités motrices cérébrales. Parmi les services d’appoint l’on compte aussi les assistants sociaux, soit un assistant social pour chaque école, payé par l’état congolais comme agent d’une école conventionnée catholique. 

Cette institution catholique est la seule école supérieure qui organise l’orthopédagogie sur toute l’étendue de la RDC. Elle forme les enseignants spécialisés destinés à l’enseignement des PVH et dont tous les enseignants des villages Bondeko sont issus.  L’enseignant apprend comment communiquer comme la langue des signes qui la langue naturelle des sourds. Il apprend aussi les notions de psychologie de la surdité, la culture des sourds et beaucoup des cours liés aux besoins spécifiques pour les quatre domaines d’interventions.

Enfin, l’on retrouve aujourd’hui des jeunes élèves sourds qui étudient l’orthopédagogie pour devenir des enseignants au sein de la même école. Il y des jeunes qui terminent en pédagogie générale pour être accueilli par l’institut supérieur. C’est le cas de 11 jeunes qui ont présentés leur examen d’Etat édition 2018-2019 en pédagogie générale et d’autres en coupe et couture, tous inscrits pour les études supérieures après leur réussite.

Jacques Kalokola 

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