Chefs miliciens du Kivu

Des chefs miliciens venus des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri ont été aperçus à Kinshasa le week-end dernier. La présence de ces hommes armés dans la capitale congolaise a suscité de nombreuses questions et interrogations.

Officiellement, les raisons de leur présence à Kinshasa ne sont pas claires. Les miliciens eux-mêmes affirment ne pas savoir pourquoi ils ont été invités. De son côté, le gouvernement congolais garde le silence sur ce sujet.

Chefs miliciens de l’Ituri (ph droits tiers)

Cependant, plusieurs sources avancent des hypothèses. Selon le professeur Chober Agenonga, chercheur en sociologie militaire, l’objectif de Kinshasa serait de les dissuader de s’allier à l’Alliance des Forces Patriotiques pour le Changement (AFPC) de Corneille Naanga. Ce mouvement politique, récemment créé, chercherait à recruter des combattants dans l’est du pays.

Des chefs miliciens à Kinshasa pour négocier quoi ?

D’autres sources évoquent la possibilité d’une nouvelle tentative de négociation avec les miliciens. Kinshasa a déjà engagé des discussions avec ces groupes armés dans le cadre du processus de Nairobi, mais sans succès. De même, plusieurs accords de paix ont été signés entre le gouvernement et les miliciens de l’Ituri, mais ces accords n’ont jamais été respectés.

Le professeur Agenonga critique cette approche du gouvernement. Il estime que « dorloter » les groupes armés ne fera que « stabiliser l’instabilité » et « donner un chèque en blanc à l’impunité ». Il propose plutôt de désarmer les miliciens et de renforcer l’armée congolaise.

Miliciens FRPI
Miliciens FRPI (ph droits tiers)

La présence des chefs miliciens à Kinshasa est un signe de la complexité et de la fragilité de la situation sécuritaire en République démocratique du Congo. Il est encore trop tôt pour savoir si cette nouvelle initiative du gouvernement aboutira à des résultats concrets.

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Des seigneurs de guerre identifiés

L’identité de certains des chefs miliciens invités à Kinshasa est connue : Guidon Shimirayi du groupe Nduma defense of Congo (NDC-Renové), Freddy Kasereka du groupe FPP/AP du général autoproclamé Kasereka Kabidon, Mayani de l’Union des patriotes pour la libération du Congo (UPLC), et Janvier Karairi de l’APCLS.

D’autres chefs miliciens étaient également présents, mais nous n’avons pu obtenir de précisions sur leur identité. Il est possible que des représentants des milices de l’Ituri, telles que la FRPI, la FPIC, ZAIRE, l’URDPC-CODECO et le MAPI, aient également fait partie de la délégation.

Miliciens CODECO
Miliciens CODECO

Sous le coup de sanctions internationales ou mandats d’arrêt

Il est important de noter que ces chefs miliciens sont tous sous le coup de sanctions internationales ou font l’objet de mandats d’arrêt. Guidon Shimirayi, par exemple, est accusé de participation à un mouvement insurrectionnel, de recrutement d’enfants soldats et de crimes contre l’humanité.

La présence de ces individus à Kinshasa soulève donc de nombreuses questions éthiques et morales. Le gouvernement congolais doit s’assurer que tout dialogue avec les milices ne cautionne pas l’impunité et ne contribue pas à perpétuer le cycle de violence dans l’est du pays.

En attendant, les populations de l’est du pays continuent de souffrir des violences perpétrées par les groupes armés. Il est urgent que des solutions durables soient trouvées pour mettre fin à ce cycle de violence et ramener la paix dans cette région déchirée par la guerre. Lire aussi : Interdiction formelle aux « Wazalendo » de circuler avec des armes dans la ville de Goma – Infocongo