Soldats FARDC sur le champ de guerre au Nord-Kivu

Depuis plusieurs mois, l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre d’une recrudescence des violences, qui ont fait des centaines de morts et des milliers de déplacés

Les causes du conflit dans l’est de la RDC

Le conflit dans l’est de la RDC est le résultat d’une combinaison de facteurs historiques, politiques, économiques et ethniques, qui remontent à la période coloniale et aux guerres du Congo des années 1990 et 2000. Parmi ces facteurs, on peut citer :

– La faiblesse de l’Etat congolais, qui n’exerce pas son autorité sur l’ensemble du territoire, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les institutions sont corrompues, inefficaces et infiltrées par des groupes armés.

Premier conseil des ministres du gouvernement Sama2
Premier conseil des ministres du gouvernement Sama2

– La présence de nombreux groupes armés, qui se disputent le contrôle des ressources naturelles, notamment les minerais, le bois, l’or et le pétrole, et qui commettent des exactions contre les populations civiles, comme les massacres, les viols, les pillages et les enlèvements.

– L’ingérence des pays voisins, notamment le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, qui soutiennent ou s’opposent à certains groupes armés, selon leurs intérêts géopolitiques et économiques, et qui alimentent les tensions ethniques entre les communautés locales.

– Le manque de dialogue et de réconciliation entre les parties, qui empêche la mise en œuvre des accords de paix signés par le passé, comme l’accord-cadre d’Addis-Abeba de 2013, qui prévoyait le désarmement, la démobilisation et la réintégration des combattants, ainsi que la réforme du secteur de la sécurité et la décentralisation du pouvoir.

Les acteurs du conflit dans l’est de la RDC

Le conflit dans l’est de la RDC implique de nombreux acteurs, dont les principaux sont :

– Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), qui sont l’armée régulière du pays, mais qui souffrent de problèmes de discipline, de formation, d’équipement et de motivation, et qui sont souvent accusées de violations des droits de l’homme.

Défilé des forces armées de la RDC FARDC
Défilé des forces armées de la RDC, FARDC

– La Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), qui est la plus grande opération de maintien de la paix au monde, avec plus de 16 000 casques bleus, mais qui peine à remplir son mandat de protection des civils et de soutien au processus politique, en raison de contraintes logistiques, politiques et sécuritaires.

Bintou Keita, cheffe de la Monusco
Bintou Keita, cheffe de la Monusco

– Le Mouvement du 23 mars (M23), qui est un groupe rebelle composé d’anciens soldats des FARDC, principalement issus de la communauté tutsie, qui a pris les armes en 2012 pour dénoncer le non-respect de l’accord de paix de 2009, qui leur accordait une intégration dans l’armée et une amélioration de leurs conditions de vie. Le M23 a été officiellement dissous en 2013, après sa défaite face aux FARDC et à la MONUSCO, mais certains de ses éléments sont restés actifs et ont occupé la ville de Bunagana, à la frontière avec l’Ouganda, pendant plus de 600 jours, avant de se retirer en février 2024, sous la pression de la communauté internationale.

M23 à Mushaki
M23 à Mushaki

– La Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), qui est un groupe armé d’auto-défense, principalement composé de membres de la communauté lendu, qui opère dans la province de l’Ituri, et qui revendique le partage équitable des ressources et des terres avec les autres communautés, notamment les Hema. La CODECO est responsable de plusieurs attaques meurtrières contre les civils et les forces de sécurité, qui ont fait plus de 1 000 morts et 500 000 déplacés depuis 2017.

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– Les Forces démocratiques alliées (ADF), qui sont un groupe armé d’origine ougandaise, qui se réclame de l’islam radical, et qui est soupçonné d’avoir des liens avec l’organisation terroriste Etat islamique. Les ADF sont présents dans la province du Nord-Kivu, où ils mènent des raids sanglants contre les villages, les routes et les bases militaires, qui ont fait plus de 6 000 morts et 1,5 million de déplacés depuis 2014.

Miliciens ADF et leurs otages
Miliciens ADF et leurs otages

Les conséquences du conflit dans l’est de la RDC

Le conflit dans l’est de la RDC a des conséquences dramatiques pour la population civile, qui subit des violations des droits de l’homme, des déplacements forcés, des pénuries alimentaires et des risques sanitaires. Parmi ces conséquences, on peut citer :

– Le déplacement de plus de 5 millions de personnes, qui vivent dans des camps, des sites spontanés ou des familles d’accueil, où ils manquent de nourriture, d’eau, d’hygiène, de santé et d’éducation, et où ils sont exposés à des violences, des abus et des maladies.

Déplacés de guerre à Nyiragongo
Déplacés de guerre à Nyiragongo

– La famine de plus de 27 millions de personnes, qui souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, selon le Programme alimentaire mondial (PAM), qui a lancé un appel de fonds de 662 millions de dollars pour venir en aide aux plus vulnérables. La situation est aggravée par les effets du changement climatique, qui provoque des sécheresses, des inondations et des invasions de criquets.

– L’épidémie de plus de 4 000 cas de maladie à virus Ebola, qui a sévi dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri entre 2018 et 2020, et qui a fait plus de 2 000 morts, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a déclaré la fin de l’urgence sanitaire mondiale en juin 2020. La riposte a été entravée par l’insécurité, la méfiance des communautés et les attaques contre les personnels de santé. Lire aussi : Beni : résurgence de la maladie à virus Ebola, la population appelée à la vigilance – Infocongo

Ebola
Personnel soignant transportant un mort d’Ebola

– La violation de plus de 15 000 cas de droits de l’homme, qui ont été documentés par le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) entre 2017 et 2020, dont des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des tortures, des arrestations arbitraires, des violences sexuelles et des restrictions à la liberté d’expression et de manifestation. Les principaux auteurs de ces violations sont les groupes armés, mais aussi les forces de sécurité congolaises et les agents de l’Etat.

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Les solutions pour le conflit dans l’est de la RDC

Pour mettre fin à la crise dans l’est de la RDC, il faut renforcer le dialogue entre les parties, appuyer le processus de désarmement, démobilisation et réintégration des combattants, restaurer l’autorité de l’Etat et promouvoir le développement socio-économique de la région. Parmi les pistes de solutions, on peut proposer :

– La mise en œuvre de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, qui engage le gouvernement congolais, les pays de la région et la communauté internationale à œuvrer pour la paix, la sécurité et la coopération dans la région des Grands Lacs, en respectant la souveraineté, l’intégrité territoriale et la non-ingérence des Etats, et en s’attaquant aux causes profondes du conflit.

– La réforme du secteur de la sécurité, qui vise à renforcer les capacités, la discipline, la professionnalisation et le respect des droits de l’homme des forces de sécurité congolaises, notamment les FARDC, la police nationale congolaise (PNC) et les services de renseignement, avec l’appui technique et financier de la MONUSCO et des partenaires bilatéraux. Lire aussi : Insécurité grandissante à Nyiragongo : la Société Civile tire la sonnette d’alarme – Infocongo