Félix Tshisekedi à la tribune de l'ONU

Mercredi à la tribune de la 78ème Assemblée générale des Nations-Unies, le président congolais Félix Tshisekedi a exprimé sa déception quant à l’inefficacité de la Mission de l’ONU en République Démocratique du Congo (MONUSCO).

Selon Félix Tshisekedi, les missions de maintien de la paix déployées depuis 25 ans n’ont pas réussi à faire face aux rebellions ni à protéger les populations civiles.

Le président Congolais a également mentionné que certaines positions du Conseil de sécurité sur la crise sécuritaire à l’Est de la RDC ont créé une ambiguïté qui exacerbe la tension entre la population congolaise et la MONUSCO.

C’est pour ces raisons que le gouvernement congolais a demandé la réévaluation du plan de retrait progressif et responsable de cette mission. Le président Tshisekedi a appelé à un retrait accéléré de la MONUSCO, qui devrait commencer à partir de décembre 2023 afin d’apaiser les tensions entre cette mission et les populations.

La base de la MONUSCO attaquée par la population à Goma
La base de la MONUSCO attaquée par la population à Goma

Prendre son destin en main…

« Il est temps pour notre pays de prendre pleinement son destin en main et de devenir le principal acteur de sa propre stabilité », a-t-il lancé lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Dans cet objectif, le retrait « progressif » de la mission de maintien de la paix de l’ONU (MONUSCO) et de ses plus de 15 000 Casques bleus « est une étape nécessaire pour consolider les progrès que nous avons déjà réalisés », a-t-il estimé.

Notons que depuis 2020, le Conseil de sécurité de l’ONU a entamé un désengagement prudent, approuvant un plan de retrait progressif fixant de grands paramètres pour transférer les responsabilités des Casques bleus aux forces congolaises. Avec en ligne de mire l’horizon 2024.

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Mais « ce projet de retrait échelonné, responsable et durable » de la MONUSCO est « anachronique », a insisté le président congolais, jugeant « illusoire et contreproductif de continuer à s’accrocher au maintien de la MONUSCO pour restaurer la paix » en RD Congo.

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Le cheffe de la MONUSCO Bintou Keita et le Premier ministre Congolais Jean-Michel Sama Lukonde

Il a demandé à son gouvernement d’entamer des discussions avec l’ONU pour « le retrait accéléré de la MONUSCO de RD Congo en ramenant le début de ce retrait progressif de décembre 2024 à décembre 2023 », date des prochaines élections. Une demande en ce sens avait été adressée début septembre au Conseil de sécurité et des discussions sont en cours.

Le conseil de sécurité dubitatif pour un retrait précipité

Cependant, en juin, lors d’une réunion du Conseil de sécurité, les États-Unis avaient mis en garde contre un retrait « précipité » de la mission, estimant que le pays ne serait pas prêt pour un tel retrait fin 2023.

Ces discussions autour du retrait de la MONUSCO interviennent alors que l’ONU a fait face à une série d’attaques et de manifestations contre la présence des Casques bleus dans le pays. Fin août, la répression d’une manifestation anti-ONU avait fait une cinquantaine de morts à Goma, dans l’est du pays. « L’accélération du retrait de la MONUSCO devient une nécessité impérieuse pour apaiser les tensions entre cette dernière et nos concitoyens », a insisté Félix Tshisekedi.

Quelles conséquences pour un retrait précipité ?

Le retrait précipité de la MONUSCO de la RDC pourrait entraîner plusieurs conséquences. La MONUSCO n’aurait pas contribué efficacement à la lutte contre l’impunité des crimes internationaux commis en RDC depuis trois décennies. De plus, les mécanismes de la justice transitionnelle, tels que les poursuites pénales des auteurs présumés des crimes et les garanties de non-répétition, n’auraient pas été mis en place. Le retrait de la MONUSCO pourrait également avoir un impact sur la situation sécuritaire du pays.

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Cependant, le Président Félix Tshisekedi a également précisé que la RDC explorait de nouveaux mécanismes de collaboration stratégiques avec l’ONU en intégrant les contingences actuelles.

Comment l’ONU pourrait-elle soutenir la RDC après le retrait de la MONUSCO ?

Les Nations-Unies pourrait continuer à soutenir la RDC de plusieurs façons après le retrait de la MONUSCO. D’abord par le renforcement des capacités : en effet, Kinshasa demande un soutien accru au renforcement des capacités de l’armée et de la police.

Monusco à Lubero
Des casques bleus de la MONUSCO discutant avec des Congolais à Lubero (Nord-Kivu)

Par le soutien au processus de désarmement : L’ONU peut aider à désarmer les milices., même si pour l’instant, son échec est patent. Par l’appui aux processus diplomatiques : L’ONU peut soutenir les processus diplomatiques en cours, notamment pour la province du Nord-Kivu où sévit la rébellion du M23.

Mais également par la mise en place d’un groupe de travail conjoint. Notons sur ce point que Mme Keita travaille avec le Premier ministre pour mettre en place un groupe de travail conjoint entre le gouvernement congolais, la MONUSCO et les agences onusiennes concernées qui appuiera la mise en œuvre du plan d’action gouvernemental et supervisera le processus de transition de la mission onusienne.

Enfin par un soutien pour instaurer la paix et la stabilité : Le Secrétaire général a réaffirmé « l’engagement des Nations Unies à soutenir le peuple et le gouvernement de la RDC dans leurs efforts pour instaurer la paix et la stabilité dans l’est du pays ».

Ces mesures peuvent aider à assurer une transition en douceur après le retrait de la MONUSCO et à continuer à soutenir le peuple congolais. Lire aussi : Félix Tshisekedi toujours contre le M23 a martelé à New-York sa détermination à protéger la RDC des ambitions du Rwanda – Infocongo