Sommet de Bujumbura EAC

A Bujumbura, capitale du Burundi, les chefs d’Etat de la communauté d’Afrique de l’Est (EAC) se sont réunis à l’initiative d’Evariste Ndayishimiye, président en exercice de cette organisation sous-régionale. Ce sommet, qui apparait aux yeux de tous comme un énième sommet inutile pour la RDC, dans la mesure où une nouvelle fois, les chefs d’Etat de la région se sont accordés pour exiger un « cessez-le-feu » et un retrait de tous les groupes armés, alors que les mesures prises en Angola en novembre dernier n’ont eu aucun impact sur le terrain.

Le président Congolais Félix Tshisekedi à Bujumbura, le 05 février 2023

Et pour cause, narguant la RDC, le M23 avait feint de se retirer de deux de ses positions, à Kibumba et Rumangabo, et avaient plutôt profité pour avancer vers l’Ouest et occuper de nouvelles localités dans le Masisi. Et une fois de plus, les FARDC, l’armée congolaise est restée impuissante face au pied de nez des rebelles, tandis que la force Est-Africaine s’est contentée d’observer l’avancée du M23 en simple spectatrice.

Aujourd’hui, force est de constater que les discussions de Luanda n’ont pas permis de modifier la physionomie du conflit, pendant que la région se retrouve plus que jamais dans une impasse menaçante. Le M23, mis en confiance par les errement de la politique congolaise poursuit sa progression vers l’Ouest, et cherche désormais à contourner la présence militaire autour de Goma pour tenter de prendre la ville-verrou de Sake, et couper ainsi la capitale du Nord-Kivu de tout ravitaillement par la route.

Bujumbura, un sommet inutile pour la RDC

A quoi aura donc servi le sommet de Bujumbura, dans la mesure où la RDC qui attendait que la force régionale de l’EAC soit instruite d’engager le combat contre les terroristes rwandais, n’a produit qu’un communiqué qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Luanda ?

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En effet, alors que l’opinion publique congolais ne cache plus son hostilité vis-à-vis de cette énième force tout aussi inutile et inefficace que la MONUSCO, outre le cessez-le-feu et le retrait des groupes armés, la force Est-Africaine promet de continuer de se déployer dans la région.

Mais, l’ironie de la situation est que cette force n’a pas fait ses preuves pour le moment, et n’est visiblement pas disposée à faire la guerre au M23. Elle ne semble même pas être une force d’interposition, car on peut voir les accointance de ses officiers avec les éléments du M23, qui échangent des accolades à longueur de selfies.

Troupes Kenyanes de la force de l'EAC
Troupes Kenyanes de la force de l’EAC, à l’aéroport de Goma

Dans l’est de la RDC, la force de l’EAC n’est plus crédible, elle est en train de prendre le même chemin que la mission des Nations unies au Congo, provoquant de la même manière l’hostilité des populations locales, qui ne comprennent pas sa passivité et dénoncent les « zones tampons » créées par sa présence.

Comment sortir de cette crise ?

Actuellement, on ne voit pas de porte de sortie au conflit. En effet, l’armée congolaise n’arrive pas à inverser le rapport de force militaire sur le terrain, les troupes Est-Africaines se cantonnent au simple rôle d’observateurs, tandis que les revendications du M23 (qui élargit sa zone d’influence en gagnant du terrain chaque semaine) restent ignorées par Kinshasa, qui refuse le dialogue.

La négociation politique (décriée par l’ensemble du peuple congolais, qui aimerait en découdre par la force une bonne fois pour toutes), semble être seule en mesure de débloquer cet imbroglio sécuritaire qui plonge l’Est du Congo dans une guerre sans fin depuis bientôt 30 ans. Et le communiqué de Bujumbura prône bien le dialogue pour sortir de l’impasse. Mais pour l’instant, personne ne veut négocier en position de faiblesse…Lire aussi : Le sommet de Bujumbura pourra-t-il contribuer à la désescalade de la tension entre Kinshasa et Kigali ?