Les 8 fléaux du football congolais

L’avant-dernière sortie de la sélection nationale fanion de la RDC aux éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations Cameroun 2022 a laissé l’opinion publique congolaise pantoise… La sélection a été méconnaissable, pas par manque de joueurs, mais à cause de l’organisation tout autour de cette rencontre et de son aboutissement à Franceville au Gabon. Entre-temps, pour cette année, aucun club congolais n’a atteint les quarts de finale des compétitions africaines interclubs. 

Joeueur Léopards A'
Joueur des Léopards A’ de la RDC contre Diables rouges CHAN 2020

Cette rencontre à Franceville contre la sélection gabonaise a fait ressortir un des fléaux du football congolais, à savoir, le déficit organisationnel du sport-roi d’une manière large que cachaient quelques résultats sporadiques de TP Mazembe, de la sélection A’ aux CHAN (2009 et 20016), de deux finales africaines de l’AS V.Club en 2014 et en 2018.

La débâcle du Gabon vient de mettre à nu l’amateurisme de ceux qui animent la Fédération Congolaise de Football Association (Fecofa) et du ministère des Sports et Loisirs. A quelque chose, dit-on, malheur est bon. Cette défaite, la RDC mettra du temps pour la digérer. Cette inorganisation parfois voulue fait le bonheur de certaines personnes, au détriment du reste des amoureux du ballon rond rd-congolais qui veulent voir leur sport-roi performant sur le plan local, conquérant sur le plan continental et mondial.

Les clubs caporalisés et paupérisés

Un dicton populaire au pays dit exactement ceci : « la famille est la cellule de base de la Nation ». En foot, comme dans d’autres disciplines sportives, les clubs constituent la base du développement d’une discipline sportive et de son expansion. Dans la réalité, les clubs de foot congolais constituent le cadet des soucis de la FECOFA et des animateurs étatiques du gouvernement central et des Entités territoriales décentralisées. Aucune initiative n’est prise pour leur développement. Hormis TP Mazembe, Lubumbashi Sport, FC Lupopo, plusieurs clubs de Kinshasa et dans d’autres provinces manquent des terrains d’entrainements. Aucune initiative n’est prise, ni par la Fédé, ni par le gouvernement, encore moins par les Entités, pour pallier cette situation. A cette allure, il faut des années-lumière à ces clubs pour se doter d’un stade et d’un centre de formation et d’entrainement.

La répartition des recettes d’une rencontre sportive, tel qu’édictée par l’Autorité compétente, ne permet pas aux clubs de vivre de leurs productions.

Les droits-télé, qui font la grande partie des recettes des clubs ailleurs, sont méconnus dans le paysage sportif congolais. Les statuts flous des clubs font que les investisseurs sérieux ne peuvent se hasarder à miser là-dessus. La Fédé qui doit sa vie aux clubs n’a aucun respect à l’égard ces derniers, elle leur refuse même les droits de vote au sein de l’assemblée générale de la FECOFA. Et parfois, les contrats pour la sponsorisation du championnat national, compétition à laquelle ils prennent part, sont signés sans eux. La gestion et les structures des clubs de football au pays datent encore de l’ère coloniale, de l’époque du Père Raphael de la Kethule De Ryove. Donc, 60 ans après l’Indépendance, la gestion du football congolais et des clubs est encore de type promotionnel.

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Les infrastructures

La précarité des infrastructures sportives n’est plus à démontrer là où un stade reçoit plus de 6 rencontres la semaine, voire plus. Quatre stades seulement en RD Congo sont homologués pour accueillir les rencontres de la Confédération africaine de football (Caf) et de la Fifa, un seul stade au pays répond aux standards actuels des enceintes sportifs (avec loges, tribune de presse et salon VIP, bars, etc…), c’est celui du TP Mazembe de Lubumbashi.

Stade des Martyrs de Kinshasa
Stade des Martyrs de Kinshasa

Le Projet gouvernemental PROSTAM (Programme des stades municipaux) consistant à construire, dans chaque commune urbaine de la RDC et dans chaque territoire de ce pays, des stades d’une capacité de plus au moins 5000 à 10000 places, a été arrêté, on ne sait pourquoi. Ce programme, non seulement allait booster le football de l’arrière-pays, mais l’ensemble du sport congolais, et plus encore créer des métiers et l’économie du sport qui manque tant à la Nation. Pour ce qui est des infrastructures sportives par rapport aux autres pays parfois moins nantis, le Grand Congo est un nain.

La sécurité dans les stades : les Hooligans et les « Talibans » connus et soutenus

La disposition sécuritaire dans nos stades laisse vraiment à désirer, c’est un secret de polichinelle. La Police nationale, organe en charge du maintien de l’ordre public est parfois plombée en son sein avec des éléments qui sont des fans des clubs, et c’est évident que lors des rencontres des grands clubs de Kinshasa que des éléments de la Police se mettent du côté de leurs clubs de cœur respectifs.

Supporter Léopards
Un supporter des Léopards Foot de la RDC

C’est ainsi qu’on assiste à des spectacles tels que : les passages à tabac d’un arbitre sous l’œil passif de la police, des gens à poil parcourant l’aire de jeu comme des fous à lier, pratique du fétichisme à la barbe des dirigeants et des éléments de la police. En fait, toutes les personnes fauteurs de troubles aux stades sont connues de la Police et des dirigeants sportifs, nos stades sont devenus des lieux de négoces où se marchande chanvres et autres substances prohibées et parfois … au vu et su de la police

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De l’arbitrage

Celui-ci est à l’image de Fédération et de la Confédération où une race d’arbitres kamikazes, sans foi ni loi, sont désignés pour torpiller des rencontres sportives ; et même, ceux qui les ont désignés pour la consommation publique sont parfois obligés de les sanctionner. Mais ce qui est vrai, c’est qu’il y a une filière d’arbitres qui sont là pour soutenir les clubs de la Fédé.

Le championnat d’élite, un challenge où les clubs sortent déficitaires

La LINAFOOT (Ligue nationale de football) a été créée en 1979 par arrêté ministériel pris par l’ancien ministre des sports, Frédéric Kibassa Maliba. Il tenait à doter le Congo du football d’un championnat digne de la grandeur de ce pays. Mais sa bonne volonté fut butée à des impératifs d’ordre physique au vu de l’étendue du pays, et d’ordre financier, pour soutenir cette grande organisation sportive. C’est ainsi que le ministre Kibassa remua ciel et terre pour arracher les subventions de l’Etat en faveur de ce championnat, mais celles-ci ne sont venues que récemment pour alléger les clubs du lourd fardeau du transport aérien.

TP Mazembe
TP Mazembe

C’est finalement en 1990 que la LINAFOOT vécut son déroulement effectif sous la présidence de M Ndongala Mavakala. La LINAFOOT souffre de sa forte dépendance de la FECOFA. Par exemple, pour signer un partenariat avec la société Vodacom pour le namming du championnat, celui-ci doit être signé par la Fédé en lieu et place d’être informée.

Aucune initiative ne peut être prise sans le quitus de la Fédération alors que celle-ci ne devrait voir que la conformité, mais ce n’est pas le cas. Et même, pour passer à la tête de cette organisation, il faut être dans les bonnes grâces du tout puissant président de la FECOFA, selon certaines langues. 

La FECOFA, une organisation sans projet

Quand en 1919, le Père Raphael De la Kethule de Ryove prît l’initiative d’organiser le premier championnat de football au Congo-Belge, celui-ci fut chapeauté par l’ASC (Association sportive congolaise) qui s’occupait de toutes les disciplines. C’est en 1967 que le ministre Kibassa Maliba, par un arrêté ministériel, mit fin au règne de l’ASC qui régentait toute la vie sportive congolaise, pour confier chaque discipline à une Fédération.

Staff FECOFA
Staff FECOFA

C’est encore ce dernier qui revint en 1990 pour organiser les premières élections dans toutes les Fédérations ; l’idée était de doter chaque discipline de personnes passionnées et expertes de celle-ci, puisque, c’est volontairement qu’on vient postuler afin de faire évoluer le sport congolais dans l’ensemble avec des idées neuves.

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La FECOFA, dans l’ensemble, est remplie de personnes étrangères au football, des intéressés aux gains du foot et non des vrais passionnés du sport-roi. L’ancien secrétaire général de la Fifa, Michel Zen-Ruffinen a dit : « il suffit que des statuts régissant une association soient mal faits, la vie du football de cette association se verra étouffé et son football inhibé … ». En effet, la FECOFA, après avoir tripatouillé les statuts types des fédérations proposés par la Fifa à ses associées, a hypothéqué la pratique de ce sport de masse au pays et compromis toute une génération de footballeurs qui ne peuvent plus réaliser l’une de leur grande ambition, celle de prendre part à une Coupe du monde de football.

Comme d’autres sports, le football est né ou a été créé pour assouvir certains besoins de la jeunesse, c’est-à-dire, trouver des solutions aux problèmes des jeunes, et quiconque vient au sport pour créer des problèmes part d’office perdant. Au sein de la FECOFA aucune commission chargée de la planification, ce qui veut dire que cet organe n’a aucun plan, aucun projet.

Les structures étatiques (l’Etat) et les dirigeants sportifs

Les structures étatiques ainsi que les différents ministres qui ont défilé à la tête du ministère de la Jeunesse, Sports et Loisirs, dans la plupart des cas, n’ont jamais servi les sports, encore moins le football. La plupart des partis politiques en RDC n’ont aucune vision du sport, ce qui fait qu’en venant au ministère, il flashe directement sur le football qu’il maitrise mal, et en fait une vache laitière aux vues des faramineux fonds que fait sortir l’Etat sur le football, au détriment des autres sports.

La presse sportive

Le football n’a aucune presse nationale digne de ce nom pour le soutenir et faire sa promotion à travers le continent et le monde, comme le font d’autres médias pour le sport-roi de leurs pays. Tenez, pour les matchs de l’équipe nationale fanion et du championnat d’élite, par exemple, aucune norme n’est édictée à ce propos.

Journalistes sportifs congolais

Aujourd’hui, pour couvrir un championnat européen, il faut un minimum de 10 caméras, et il faut diffuser cette rencontre en format HD. Qu’en est-il de la LINAFOOT ? C’est ainsi qu’au niveau du bouquet le plus regardé en RDC, Canal +, on diffuse le championnat d’un pays d’Afrique dont le niveau technique est inférieur à la LINAFOOT, mais de loin mieux organisé que le championnat de la RDC.

Franklin Mahuku (Journaliste Sportif)

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