Marche de Lamuka : une dérive totalitaire qui ne dit pas son nom

A mi-parcours ce samedi 24 avril, le bilan de la marche pacifique de Lamuka, était déjà préoccupant : 4 blessés graves à Kinshasa, selon le Secrétaire général de l’Ecide Devos Kitoko, dont l’un avec un œil arraché, et un autre, atteint par balle à la jambe.

Devos Kitoko, Secrétaire général de l’ECIDE

A cela s’ajoute de nombreuses arrestations des militants, dont celle du Secrétaire national à la jeunesse de l’Ecide, le parti de Martin Fayulu.

A Uvira et à Kisangani, Devos Kitoko a fait état d’autres arrestations à la mi-journée.

Il est un fait que la marche de Lamuka, organisée dans plusieurs villes du pays, officiellement pour dénoncer et compatir contre les massacres des civils dans l’est du pays, met mal à l’aise le pouvoir en place, jusque-là presque muet, voire impuissant, face à la tragédie en cours à l’est du territoire national.

Marche de Lamuka à Lubumbashi (Haut-Katanga)

Une dérive totalitaire qui ne dit pas son nom

Arrivé au pouvoir avec des slogans démocratiques à la bouche comme la lutte contre la corruption, l’Etat de droit, la liberté d’expression et d’autres antiennes du même genre, le régime Tshisekedi semble, plus de deux ans après son accession au pouvoir, s’être plongé dans les mêmes travers qu’il reprochait hier encore à ses adversaires politiques.

Marche de Lamuka à Matadi (Kongo Central)

Hier vendredi dans la ville de Beni, déjà endeuillée par des massacres à répétition des civils, des certaines des femmes qui protestaient contre l’insécurité endémique dans la ville, ont fait l’objet d’une répression en règle à coups de gaz lacrymogènes et d’autres exactions de la part des forces dites de l’ordre. C’est dans cette même ville de Beni où, depuis deux jours aujourd’hui, des élèves, garçons et filles, campent nuit et jour devant la mairie, pour exiger leur droit d’aller à l’école, sans risque de se faire égorger.

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Le tout, sans réaction des autorités nationales, ni provinciale, sauf quand il s’agit de bastonner ceux qui expriment leur ras-le-bol dans la rue.

Journalistes interpellés

A Kinshasa et ailleurs dans le pays, des journalistes sont interpellés, certains mêmes embastillés, pour avoir dit tout haut ce que tout le monde voit et vit au quotidien. Une atmosphère d’intolérance semble avoir élu domicile dans le pays, dans laquelle toute voix dissonante à celle des princes régnants est automatiquement vouée aux gémonies.

Marche de Lamuka à Kikwit

La marche de Lamuka de ce samedi 24 avril avait été annoncée dans les règles et signalée aux autorités administratives. Son interdiction par le Gouverneur de la ville elle, a l’a été à travers des réseaux sociaux, alors que les services de la ville continuaient jusque tard dans la nuit de vendredi à nier une telle interdiction. Pendant ce temps, des escadrons des policiers prenaient position sur le site, faisant jour des matraques et des gaz lacrymogènes. La marche a peut-être été étouffée dans l’œuf, mais le message est passé. Le pouvoir en place lui, a démontré une fois de plus, des signes de sa fébrilité, preuve que les choses commencent peut-être, à lui échapper.

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