Sama Lukonde et Bahati Lukwebo

Les attaques en cours contre le clergé catholique, le suivi continu des faits et gestes de l’ancien président Joseph Kabila avec les rumeurs de son imminente arrestation, les annonces médiatisées des procès contre certains barons du régime passé, ou encore des procès en fanfares qui n’aboutissent à rien, tout cela ne parvient plus à masquer une réalité intangible désormais : le régime Félix Tshisekedi est dans l’impasse. 

Voici maintenant plus de trois mois que le pays est sans Gouvernement, et fonctionne comme un bateau sans gouvernail. Le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde, nommé depuis février, ne parvient pas à présenter une équipe gouvernementale, composée des “warriors”, selon ses propres dires, et tout acquise à la vision du Président de la République, à travers sa dynamique de l’Union sacrée. 

Pays en cessation de paiements

De plus en plus, le Président Félix Tshisekedi, principal artisan du bouleversement politique qui prévaut dans le pays, donne l’impression d’un Chef de l’Etat d’un pays en cessation de paiement, et qui est cerné par une meute de créanciers, aussi pressés les uns que les autres à se faire payer leur dû. 

Dans l’actuel cas de figure, l’AFDC de Bahati Lukwebo, peut faire figure du Fmi, créancier privilégié, qui a réussi à se faire payer une partie de sa créance (la présidence du Sénat), en attendant le reste, sous forme de futurs postes au Gouvernement.  

Au second rang, trône Ensemble de Moïse Katumbi, faisant office de la Banque mondiale, qui cherche lui, à s’emparer des pistes génératrices des ressources du Gouvernement (Finances, Intérieur et autres), pour être sûr de recouvrer ses droits.  

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A sa suite, viennent les anciens du FCC, qui présentent aussi leurs factures, pour remboursement de leurs investissements dans le projet Union sacrée. 

Et comme si cela ne suffisait pas, le Chef de l’Etat voit aussi en face de lui, son propre entourage, ses amis des temps durs d’un passé proche, certains membres de sa famille, et surtout des caciques de l’appareil de son propre parti, se transformer en créanciers, certains voulant se maintenir à leurs postes, d’autres en parrainant des hommes à eux, d’autres encore en lui rappelant les années de lutte commune sur les pavés de Kinshasa.     

Prêteurs sur gage

Derrière ces organismes prêteurs et ces banques d’investissements, s’agitent un nombre indéterminé de petits actionnaires (députés et personnalités indépendantes), qui avaient misé leurs petites économies à travers les banques, et qui attendent aussi un retour sur investissement. 

Face à des moyens limités (un Gouvernement de moins de 50 membres), le Président semble ne plus savoir où donner de la tête, ni quel créancier servir en premier, ni encore, quel discours d’apaisement sortir pour calmer les esprits désormais surchauffés. 

Après avoir promis des verts pâturages et des dividendes juteuses à tous ceux qui voudraient investir dans son union sacrée, Félix Tshisekedi est aujourd’hui gros-jean comme devant, devant la faible rentabilité de son projet, alors que tous les prêts consentis arrivent à maturité et exigent un début de remboursement des échéances échues.  

La suite dépendra désormais de sa capacité à trouver un compromis avec ses différents créanciers, et à leur faire admettre un échéancier de remboursements des traites, à chacun selon la hauteur de sa mise. A défaut, c’est tout le projet qui risque de subir le sort de Bukanga-Lonzo. Lire aussi: Union sacrée : le difficile accouchement d’un Gouvernement fait de bric et de broc