Lamuka: adieu veaux, vaches, cochons, couvées

Au commencent de tout, ils étaient six. Six mousquetaires réunis en conclave dans la ville suisse de Genève, sous l’encadrement serré de quelques cerbères représentants des intérêts des multinationales et de certaines puissances occidentales.

Tout ce beau monde avait un point commun: la haine viscérale qu’il vouait au régime alors en place à Kinshasa, et qui touchait à sa fin avec la perspective des élections présidentielles qui se profilaient à l’horizon.          

Mais des six conspirateurs, chacun avait son propre agenda derrière la tête, même si l’impératif commun commandait le choix de l’un d’entre eux, comme le candidat le mieux disant pour terrasser l’ogre Kabila, qui ne donnait jusque-là aucun signe de vouloir abandonner son fauteuil.    

Et comme dans toute assemblée des caïmans qui se méfient les uns des autres, ce fût le supposé plus faible qui fût choisi, à l’étonnement de tous les observateurs, y compris ceux qui avaient l’optimisme chevillé au corps.

C’est donc Martin Fayulu qui remporta les primaires de ce conglomérat hétéroclite des leaders politiques aux dents longues et à la tête pleine d’ambitions refoulées.                           

Le début du commencement  

Après les congratulations publiques de façade, deux compères du groupe, estimant être victime d’une entourloupe dans le casting de Genève, se retrouvèrent très vite à Nairobi au Kenya, et à deux, se mirent d’accord pour un nouvel arrangement bilatéral qu’ils s’empressèrent de baptiser Cach.     

En réponse aux jaloux de tous les horizons qui leur firent des reproches de ne pas être des hommes de paroles et d’avoir rompu un contrat librement souscrit, ils répondaient à l’unisson qu’ils étaient esclaves de leurs bases respectives, et qu’en matière politique, rien ne vaut la volonté de la base.               

A l’épreuve de la vérité des urnes

Il s’avéra alors que désormais, deux candidats de l’opposition, issus du même moule, devaient affronter le candidat désigné du régime Kabila. Tout le monde sait comment tout cela s’était terminé, avec, au final, la consécration du candidat du Cach, Félix Tshisekedi,  et toute la clameur que cette victoire, presqu’à la hussarde, devait avoir comme conséquences.

Mais cela est de l’histoire presque ancienne, même si l’on doit se rappeler que le principal artisan de cette victoire, le nommé Vital Kamerhe Lwakanyinginyi, a contracté un bail de vingt ans à la prison centrale de Makala.                           

Le phénomène Fayulu

Mais le plus important, et que de quantité négligeable à sa désignation, Martin Fayulu s’est ensuite révélé comme un phénomène de masse, qui a attiré, et continue à attirer des foules à chacune de ses apparitions publiques, au point d’en arriver au fil des mois, à faire froncer les sourcils de ses aînés de Lamuka, qui ne lui assignaient qu’un simple rôle de gardien d’un fauteuil trop grand pour lui.                                      

Martin Fayulu

Dans la constellation d’un Lamuka post-électoral, le péché capital de Martin Fayulu, c’est celui de vouloir continuer à exister, et de rester visible sur le terrain politique national, alors qu’il a échoué dans sa mission de Président de la République intérimaire, une sorte d’étoile filante qui était condamné à disparaître, quelques instants après sa naissance.                      

Démonstrations de force

Jean-Pierre Bemba

Alors, les vrais prétendants au poste le plus élevé de la République, ont décidé de prendre le taureau par les cornes, en cherchant à le réduire à sa plus simple expression, en prenant langue avec celui qui leur avait volé leur place. Mais avant, chacun d’eux, a eu la présence d’esprit de faire une démonstration de force dans la capitale Kinshasa. D’abord Bemba, en déversant des milliers de partisans dans les rues de la capitale il y a quelques mois, et puis Moïse Katumbi, à son arrivée à Kinshasa ce vendredi 6 novembre.                          

Pour l’anecdote, après son audience mercredi au Palais de la Nation auprès de Félix Tshisekedi, Jean-Pierre Bemba a invité ses partisans à aller accueillir son compère Moïse Katumbi, une instruction qui semble avoir été respectée à la lettre, alors que ni Fayulu, encore moins ses milliers de partisans, n’étaient visibles à mille lieux à la ronde.                 

Sans le proclamer sur les toits, les deux ont fait comprendre au locataire de la Cité de l’Union africaine, que désormais, Lamuka, c’est eux deux, et eux seuls.

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