Province de la Tshopo, enfant pauvre de la République

Province martyre, victime de guerre étrangère, reléguée à la 14ième pace pour la répartition du fonds de péréquation, la Tshopo n’a que ses yeux pour pleurer.

En effet, depuis l’indépendance du pays en 1960, les habitants de la ville de Kisangani n’ont jamais trouvé bonheur. Mais jadis, grâce à une situation sociale favorable, la province Orientale était classée troisième pôle économique du pays, après Kinshasa et le Katanga.

Aujourd’hui Tshopo comme province, les gouverneurs se succèdent sans parvenir à l’amélioration des conditions de vie de la population. La situation sociale demeure chaotique et les habitants de cette province ne veulent plus continuer à subir la rigueur de la misère.

Le problème de la Tshopo semble devenir une habitude et demeure une plaie béante sans pansement.

Les « Tshopolais », comme un seul homme, sont déterminés à mettre fin  à ce mauvais système de gouvernance qui ne cesse  d’appauvrir la province, d’une manière profonde.

Répartition de la rétrocession, une épine au pied de Wale

Le budget de répartition du fonds de péréquation pour le budget de l’exercice 2020 prévoit un montant total de 4 090 413 814 595 FC pour les 26 provinces. Quant à la répartition, la Tshopo bénéficie 158 268 183 786 FC, soit 2,89 %.

Ce qui intéresse la Tshopo, est le  fonds de péréquation, dont le montant de 40 055 224 540 FC, soit 3, 92 %, lui est rétrocédé sur 1 022 603 453 649 FC, qui représentent la somme globale rétrocédée pour les 26 provinces de la RDC.

C’est avec ce montant de 40 055 224 540 FC reçu du gouvernement central que le gouverneur Marie-Louis Wale Lufungula se bat pour la reconstruction de sa province dont les infrastructures laissées par son prédécesseur sont, pour la plupart, dans un état de délabrement avancé.

Les notables de la Tshopo veulent 60 %

Dans le milieu proche du gouverneur, on parle d’une rétrocession de 60 % dudit montant aux notables de la Tshopo. Et de son côté, Wale refuse cette demande qu’il considère comme une provocation.

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Réactions des notables et personnalités

Nous sommes allés à la rencontre de quelques notables et personnalités de la Tshopo résidant à Kinshasa pour en avoir le cœur net.

Il est l’un des notables de cette nouvelle province qui a hérité, plus ou moins, de 70 % des infrastructures de la Grande Orientale. Il a préféré garder l’anonymat pour ne pas réveiller certaines sensibilités.

« Si les notables de la Tshopo exigent à Wale 60 % de la rétrocession, c’est une façon de le mettre à genoux devant la population qui attend de lui, une correction de ses prédécesseurs, à cause de ce système que nous décrions », se plaint-il.

« Souvenez-vous de la bêtise de l’ancien gouverneur Lomata ?  Lors des élections de 2018, il fait un décaissement de 400 000 dollars dans  la caisse de notre province pour soutenir Denis Kambayi comme candidat gouverneur du Kasai, sur demande du président de leur parti, Patrick Bolognia. Qu’est-ce que la Tshopo a gagné ?  Absolument rien. C’est leur parti et cette province qui ont bénéficié. Nous connaissons des tireurs de ficelles et le moment venu, nous allons citer leurs noms en public pour que les filles et fils de la Tshopo sachent les créateurs de leur misère. Et, nous sommes prêts à les dénoncer. Ils ne réussiront pas à détrôner l’actuel gouverneur, Wale Lufungula », a dénoncé ce grand notable tshopolais.

Tireurs de ficelles embusqués

Un autre notable, mais celui-ci a préféré se dévoiler. Il s’agit de l’honorable Patrick Bombelosanda, député national, élu de Yahuma.

« Wale est du PPRD comme moi. Notre parti n’est pas majoritaire à l’Assemblée provinciale de la Tshopo et, comme il a été élu devant ceux qui sont majoritaires, c’est une chance pour notre parti. Personne ne peut destituer le gouverneur Wale car, il bénéficie du soutien total de son parti, le PPRD. Nous demandons à ces tireurs de ficelles d’arrêter. Nous devons construire notre province avec amour »,  a fait savoir le député national Bombelosanda.

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Me Edo Bolio invite, de son côté, les leaders tshopolais à unir leurs mains et regarder dans la même direction pour la reconstruction de leur province.

« Nous, les jeunes, avons l’obligation de respecter nos aînés reconnus comme notables de la Tshopo. Nous leur demandons aussi de nous écouter et nous confier des postes de responsabilité pour nous roder. Un père riche ou pauvre qui n’encadre pas ses enfants pour les orienter vers l’avenir, construit une famille sans lendemain. Nous connaissons beaucoup de choses, mais pour le respect, nous gardons silence », nous a confié Me Bolio.

Wale, seul maitre de son destin

L’heure de vérité a sonné, Wale doit défendre son mandat avec bravoure et  sa réussite sera prise comme modèle ou source d’inspiration pour les jeunes d’aujourd’hui.

Ce qui étonne plus d’un tshopolais, c’est la réclamation en sourdine des notables, d’une somme de 24 033 134 724 FC pour laisser à la caisse du gouvernement provincial que 16 022 089 816 FC. Non !  Les notables doivent laisser Wale libre dans l’utilisation du fonds de péréquation.

FONER, petit espoir pour des routes

La Tshopo et ses voisins de la Grande Orientale dont Haut-Uele, Bas-Uele et Ituri partagent un montant de 32 240 856 465, 65 CDF de rétrocession du Fonds National d’Entretien Routier (FONER), pouvant leur permettre d’entretenir les routes, dont la plupart sont dans un état d’impraticabilité. 

Pour la Tshopo, 12 251 525 456, 95 CDF lui reviennent. A part ça, la province n’a pas vraiment d’autres ressources comme d’autres provinces, où il y a d’autres entrées produisant des recettes. Telles que les provinces de Kwilu, Kwango, Ituri, Kongo Central Haut Katanga, Nord et Sud Kivu qui ont le péage pour les uns et le pesage pour les autres.

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Kinshasa qui a, à lui seul, 40 844 892 809, 45 CDF est en difficulté d’offrir à ses habitants de bonnes routes, alors qu’il bénéficie de l’appui du gouvernement central. Que peut attendre la population de la Tshopo de Wale qui n’a que 12 251 525 456, 95 CDF, dans une province plus vaste que toutes les autres du pays ?

Rétrocession, Tshopo en 14e position

La Tshopo est classée en 14e position en termes de montant rétrocédé. La Tshuapa occupa la tête avec un montant de 58 170 652 724 FC, soit 5, 69 % suivie de l’Equateur avec 56 468 097 034 FC. Tshopo arrive à la 14e place avec 40 055 224 540 FC juste après le Kasai Central dont sa rétrocession est de 40 904 451 915 FC, soit 4, 00 %.

L’ingérence des puissances protectrices

Tshopo doit cesser de subir les conséquences des intérêts des individus et les soubresauts politiques affectant la province.

Les responsables politiques ont pris une douche chaude pour les uns et froide pour les autres. L’heure actuelle, ils doivent donner corps à la naissance tshopolaise que tous appellent de leurs vœux, et non d’une mystification, comme fut souvent le passé qui ne portait pas à l’optimisme.

L’ingérence à la gestion, des personnes assoiffées du pouvoir et d’argent à des conséquences désastreuses pour la stabilité de la province.

D’une part, elle la dépossède de certaines de ses prérogatives de souveraineté. D’autre par, cette logique d’ingérence à créé des principautés et le jeu d’influence des puissances protectrices. Leur point dominant est l’instabilité. Donc, on doit briser de structuration de l’influence de Kinshasa.

Gel Boumbe