Le Premier ministre pourrait revoir sa copie du budget 2020, conjoncture économique oblige

En lisant attentivement la réponse du Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, dans sa lettre du 12 mars à la question écrite du député national Claudel Lubaya qui demandait un chronogramme détaillé du programme du gouvernement, on arrive à conclure que le budget 2020 pourrait être revu.

En effet, lorsque Sylvestre Ilunkamba écrit : « Il ne s’agit point de faire montre d’un volontarisme de façade mais plutôt d’agir ensemble pour que notre pays abandonne des mauvaises pratiques du passé et se mettre véritablement sur le chemin de la transparence et des actions axées sur les résultats. C’est pour cette raison qu’il a été envisagé, déjà lors de ma réplique aux préoccupations des honorables députés à l’occasion du débat sur le budget, la possibilité de l’élaboration d’un collectif budgétaire à réajuster nos ambitions et nos prévisions », l’évidence est plus que claire.

Signes avant-coureurs

Du reste, ses collaborateurs avaient déjà donné les signes avant coureurs : le ministre des Finances a publié en février un Plan de Trésorerie réduisant de 31% les recettes fiscales et non fiscales du budget 2020. De même, le ministre du Budget a publié un Plan d’engagement budgétaire qui réduit sensiblement les dépenses de l’État à 901 millions USD, soit moins de 10% du budget 2020, pour le premier trimestre.

Cependant, le Plan de Trésorerie et le Plan d’engagement budgétaire ne peuvent changer le Budget 2020 tel que voté au parlement. Dès lors, il faut nécessairement un Collectif budgétaire voté au parlement qui peut changer la loi des Finances. Et, c’est ce que le gouvernement est en train d’envisager, à en croire la lettre du Premier ministre.

Situation économique morose

Parmi les situations qui influent à la baisse des recettes, le premier ministre cite l’évolution morose de la conjoncture économique au plan international au dernier trimestre 2019, la chute des cours des matières premières, la cessation de l’exploitation de Mutanda Mining, un des grands contributeurs aux recettes publiques.

Elle (la situation économique morose) nous contraint ainsi à redéfinir à la baisse nos allocations dans le financement des dépenses, et sans nul doute, à accorder priorité aux dépenses impératives, notamment celles des rémunérations et de fonctionnement, tout en réduisant de manière drastique le train de vie du gouvernement et reportant la réalisation des dépenses d’investissement sur fonds propres…Dans le même ordre d’idées, nous nous permettons par conjecture justifiée, de considérer comme autre contrainte d’origine extérieure, l’impact de l’épidémie de covid-19 principalement sur la Chine, notre principal partenaire commercial. Conséquemment, il y a lieu de s’attendre à une perturbation dans l’exécution de la loi des Finances“, avoue le Chef du gouvernement.

Tout aussi, Sylvestre Ilunga estime que le coulage des recettes place l’État “dans une difficulté réelle de pouvoir mobiliser de manière optimale les ressources publiques”.

Par ailleurs, le gouvernement attend bénéficier de l’appui de toutes les institutions de la République dans la mise en œuvre des réformes nécessaires pour la mobilisation des recettes.

“C’est dans cette optique que le gouvernement, soucieux de permettre à l’État, d’un côté, de capter tous ses droits fiscaux et non fiscaux et, de l’autre, de lutter efficacement contre le phénomène récurrent des détournements de dénier publics, de corruption et d’autres formes d’enrichissement illicite au détriment de la communauté nationale, a pris un train de mesures d’urgence pour les bonnes fins desquelles, il entend bénéficier de l’appui de tous, l’autorité budgétaire en tête”, note la correspondance du Premier ministre.

Claudel Lubaya, député national

Claudel Lubaya pas convaincu

Pour Claudel Lubaya, cette réponse du Chef du gouvernement n’est pas satisfaisante surtout que le Premier ministre indique, en évoquant les contraintes conjoncturelles actuelles, de “s’attendre à une perturbation dans l’exécution de la loi des Finances”.

L’élu de Kananga s’insurge : « En lisant la réponse du Premier ministre, j’ai simplement compris que comme citoyen, je dois cesser de rêver! Mais, comme parlementaire, il y a lieu d’aller vers une autre étape dans le cadre du contrôle parlementaire….je ne suis pas du tout satisfait, plutôt révolté par l’approche minimaliste du Premier ministre. Pour la suite, le règlement intérieur de l’assemblée nationale donne la possibilité de transformer la démarche en interpellation », a déclaré Claudel Lubaya.

En effet, l’article 174 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale stipule que « l’auteur d’une question orale ou écrite qui n’est pas satisfait de la réponse donnée peut la transformer en interpellation”.

Réagissez à l'article

Your email address will not be published.