Daniel Safu : « aussi longtemps que Félix sera avec Kabila, je ne serai jamais avec lui »

Connu pour son franc-parler, le député national Daniel Safu, élu du Mont Amba, retrouve ses réflexes de baroudeur après sa réhabilitation par la Cour constitutionnelle, et se confie à Infocongo.net, à travers une interview qu’il a accordée à Jack Kalokola. Il s’exprime sur son combat politique, ses modèles idéologiques, ses convictions, son appréciation de la Cour constitutionnelle et parle de Félix Tshisekedi.

Quel est votre état d’esprit après votre réhabilitation comme député national de l’opposition par la cour constitutionnelle ?

Mon état d’esprit est lié à l’esprit du combat politique au Congo. La première personne qui pose le problème politique lié à la lutte pour la libération, de dignité du Congo c’est Mfumu Kimbangu, je n’ai pas d’autres schémas. Mon combat s’articule sur le changement. Posons- nous la question : avons-nous obtenu le changement au Congo ? La réponse est simple : nous n’avons pas obtenu le changement, il y a eu un mariage entre Félix et Kabila, il n’y a pas de changement. Ce sont des arrangements entre des individus. Je crois que moi je continue ma lutte et la vraie lutte, et je crois que c’est LAMUKA. Et maintenant que je suis réhabilité, il faut donner un sens à cette plateforme politique qui est LAMUKA. 32 ans de Mobutu, 18 ans de Kabila, on avait à faire à une opposition sans boussole, sans une approche stratégique. Aujourd’hui, nous avons une opposition. Daniel Safu est un opposant redoutable du genre de  Pierre Mulele. A tout moment, je peux tout bousiller.

D’où vient ta force, tes convictions ?

C’est la synchronisation des esprits supérieurs, Mfumu Kimbangu, Mbumba Philippe, Mbuta Kasa, Lumumba, Etienne Tshisekedi wa Mulumba, les quatre messagers, tous des esprits supérieurs qui ont milité pour le changement dans ce pays. Je me retrouve dans ces esprits-là. C’est à la fois une force exotérique et mystique. C’est aussi l’intelligence qui guide mes pas, une intelligence doublée de la spiritualité parce qu’il s’agit du Congo.  Ce n’est pas n’importante quel pays. Le Congo c’est un pays qui bénéficie d’une bénédiction divine extraordinaire. Ceux qui cherchent à diriger le Congo, ceux qui veulent encadrer le Congo doivent saisir la quintessence de sa dimension prophétique. Le destin du Congo est différent de beaucoup des pays. Le Congo a une mission de guider l’humanité, de construire l’humanité. Il a même la vocation de nourrir l’humanité.

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Croyez-vous encore à la cour constitutionnelle qui est autant vilipendée par plus d’un ?

C’est la justice qui élève une nation. Quand il n’y a plus de justice, c’est la perdition. Je crois qu’ici je rends hommages aux cinq juges qui ont constitué la chambre spéciale. Je les appelle les cinq commandos qui ont sauvé la nation. Le Congo était déjà à sa disparition car il n’y avait plus la justice, mais la commission Funga a sauvé ce pays. Funga c’est le Moise du Congo, c’est un homme intègre, comme disait Cicéron.

Mais ceux qui n’ont pas été réhabilités n’ont pas le même discours que vous ?

Bien sûr que l’on ne pouvait pas sauver tout le monde. Je prends l’exemple de mon ami Jean Goubald Kalala. Je dis qu’en aucun cas je ne pourrai l’abandonner et je continue à le soutenir. Même le peu que je gagnerai ici je partagerai toujours avec lui. Nous allons le faire car c’est un maillon fort dans le combat. Le combat que nous avons aujourd’hui s’articule autour de la justice et non des réhabilitations.  Le combat continue, mais cela n’empêche pas que nous puissions rendre hommages aux cinq commandos qui ont sauvé la nation face à la corruption, aux antivaleurs, à la « ventrologie ».

Certaines langues disent que vous avez fait allégeance à Félix Tshisekedi pour être réhabilité ?

Non, les gens doivent savoir que Félix c’est mon frère, nous sortons d’un même temple et nous bénéficions des mêmes entraînements exotériques et mystiques. Nous dépendons d’un seul maître qui est Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Daniel Safu est le produit de Tshisekedi wa Mulumba, c’est son héritier politique. J’ai été rodé par Etienne Tshisekedi. Nous sommes d’une même famille. Mais là où le bât blesse, c’est l’idéal que nous poursuivons. Nous autres sommes restés dans le contexte d’Etienne Tshisekedi qui prône la rigueur, la radicalité, l’idéal populaire, la démocratie, la réhabilitation de l’autorité de l’Etat, le progrès social. Voilà autant de concepts que Tshisekedi wa Mulumba a produits, qui constituent des valeurs qui vont faire avancer une nation, un Etat. Lorsque Félix n’est pas dans ce contexte-là, je pense qu’en ce moment-là la famille tombe, bien que je lui doive beaucoup de respect en tant que aîné, Président de la République, Président d’un parti politique. Mais devant les intérêts de la nation, tout cela tombe, les sentiments n’ont pas de place, et c’est l’idéologie qui prime. Que les gens cessent de nous mettre en contradiction avec mon frère. Sur le plan socio-familial, nous sommes ensembles mais c’est l’idéal qui différencie.

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Aussi longtemps que Félix sera avec Kabila je ne serai jamais avec lui. Félix se sépare avec Kabila à 8h00 et à 8h10 minutes Daniel Safu va le voir et lui dit : « Bonjour Monsieur le Président ».

Mais aussi longtemps qu’il sera avec Kabila qui a reçu la mission de détruire ce pays, je ne serai jamais avec lui. Que les gens essaient de définir la philosophie de Kabila : C’est la destruction du Congo.  18 ans durant, vous ne verrez nulle part où Kabila a construit. Je ne parle pas de la construction en tant qu’infrastructure mais en tant que superstructure. Je ne peux en aucun cas composer avec lui, celui-là qui m’a humilié. Qui a humilié ma nation, qui a bradé nos ressources minières, qui a tué son peuple, qu’on se le dise. Je ne peux  pas d’emblée sauter dans l’eau, embrasser Kabila parce que c’est un être humain.

Entre Félix et Daniel Safu il n’y a qu’un problème qui nous sépare : Joseph Kabila Kabange. Entre Félix Tshisekedi et Daniel Safu il n’y a qu’un pont. C’est Kabila qui me sépare avec mon frère Félix, c’est  Kamerhe qui me sépare avec mon frère Félix. Bauti wapi batu wana, esika tobanda bazalaka te. Misusu nayoki bauti soki walungu, soki wapi, Nzambe na ngai. (Traduction : ils viennent d’où ces arrivistes ? quand nous avions commencé le combat ils n’y étaient pas. J’apprends même que certains viendraient de Walungu, oh mon Dieu, d’où viennent-ils ?  Le combat de Daniel c’est de séparer Félix de Kamerhe, pousser Félix à dialoguer avec LAMUKA pour que de manière rationnelle nous puissions saisir l’idéal du peuple congolais. Mais laisser Félix avec Kabila et nous encore aller là-bas, wana Kabila asakani na biso. Alobi tala batu oyo. (Traduction : là c’est pour que Kabila se moque de nous en disant regardez-moi ces gens).

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Nous sommes des homos sapiens, des hommes dotés d’intelligence. Nous aussi, nous avons la possibilité de saisir la ruse. Kabila est très rusé mais pas plus que nous.

Propos recueillis par Jacques Kalokola

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