Les évêques congolais dénoncent l’institutionnalisation de la corruption et la complicité des congolais dans le plan de la balkanisation du pays.
En effet, au moment où le chef de l’Etat remettait le sort du pays entre les mains de Dieu, dans un culte œcuménique organisé dimanche au stade des Martyrs de la pentecôte, les évêques catholiques membres et administrateurs diocésains, dans leur message de la 56è Assemblée plénière intitulé : « Libérez mon peuple. Pas d’entraves au changement », se sont penchés, entre autres, sur la situation actuelle de la RDC, en vertu de leur ministère pastoral et prophétique et ont donné leur contribution à l’avènement d’un Congo uni, juste, prospère et solidaire.
Ils étaient réunis à Kinshasa en Assemblée Plénière ordinaire de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), du 17 au 21 juin 2019,
En effet, tout en saluant les premiers gestes d’espoir effectués par le Chef de l’Etat, notamment l’ouverture de l’espace politique et médiatique, la libération des prisonniers politiques, le retour au pays des exilés politiques, le lancement du programme de 100 premiers jours.
Ce fait traduit, d’après les Evêques de l’Eglise catholique du Congo, la volonté d’adhérer au changement voulu pour améliorer les conditions de vie de la population : « Le peuple s’est exprimé pour une véritable rupture avec l’ancien système de gouvernance, en vue d’avoir des dirigeants qui le mettraient au centre de leurs préoccupations. » peut-on lire dans ce message.
Cependant, les évêques constatent que les jours passent mais, la situation n’évolue pas et l’élan pris pour l’avènement d’une nouvelle ère a été brisé par les sérieuses entraves de tous ordres.
Cet état de choses compromet l’avenir de la RDC sur plusieurs plans dont :
Des réformes qui trainent
Sur le plan socio-politique : les Evêques condamnent le retard pris dans la désignation des animateurs de certaines institutions, en l’occurrence le bureau du Sénat et le Gouvernement : « Cette manière d’agir, dans le contexte de notre pays, porte de graves préjudices au bon fonctionnement de l’Etat. » ; le spectacle éhonté, lors de élections des gouverneurs et sénateurs dans les provinces qui suscite la question de la crédibilité et du sens de redevabilité de ceux qui ont été proclamés et qui terni même l’image du pays ; pire encore, l’institutionnalisation de la corruption dans les milieux éducatifs, surtout dans l’organisation des examens d’Etat et compromet gravement l’avenir de notre jeunesse ; la non confirmation des élections locales prévues par la constitution et fixée par la CENI pour le 22 septembre 2019 qui semblent ne plus faire l’objet des préoccupations des instances compétentes : « Le peuple attend impatiemment et instamment ces élections. Peut-on asseoir la démocratie dans les Entités Territoriales Décentralisées par des acteurs nommés ? » et afin la liberté de mouvement de certains acteurs politiques n’est pas garantie dans quelques provinces et villes du pays. Cette restriction de droits des citoyens constitue un recul par rapport à la décrispation du climat politique amorcée.
Une économie faible et anachronique
Sur le plan socio-économique : les Evêques membres de la CENCO soulignent que l’Economie souffre de faiblesses structurelles héritées du passé et la persistance du chômage, la scolarité et l’accès aux soins médicaux restent un luxe pour beaucoup de familles. Des milliers des personnes dont un nombre impressionnant d’enfants, vivent dans une insécurité alimentaire sévère, dans un pays au sol fertile, et regorgeant en plus d’abondantes ressources naturelles. Un constat scandaleux s’observe entre l’enrichissement vertigineux d’une minorité des congolais et l’extrême pauvreté dans laquelle gisent la majorité des congolais, et le fossé ne fait que se creuser.
Insécurité endémique, recrudescence de la violence en Ituri et dans les deux Kivu
Sur le plan sécuritaire et humanitaire : les Evêques condamnent l’insécurité qui perdure dans le Nord et le Sud Kivu ainsi que dans le Tanganyika, la violence recrudescente en Ituri sans que les FARDCS et la MONUSCO n’y mettent fin. Ils fustigent le fait que les groupes armés, nationaux et étrangers, qui prolifèrent, sèment la mort et la désolation, comme si l’Etat n’existait pas : « Il est inacceptable que des groupes armés étrangers s’installent, s’entraînent et commettent des crimes en RDC, alors qu’ils n’attaquent pas leur pays d’origine contre lesquels ils sont censés se rebeller. Les populations ont le sentiment d’être abandonnées. Tout porte à croire que le plan de balkanisation et de déstabilisation du pays, orchestré de l’extérieur avec la complicité de certains de nos compatriotes, se poursuit. »
En plus, tout en saluant les efforts de tous les intervenants dans la riposte contre la maladie à virus Ebola, les prélats catholiques condamnent les attaques perpétrées régulièrement contre les centres de traitement de la maladie qui a occasionné plusieurs victimes. Ils présentent, ainsi, leurs condoléances aux familles éprouvées, victimes des violences, des pillages et de la maladie à virus Ebola et la rougeole et appellent tous les congolais d’assumer leurs responsabilisés et de resserrer davantage les liens de solidarité et de fraternité (1cor12, 6), afin de raffermir l’amour pour la patrie.
Justice à deux vitesses, loi du plus fort
Sur le plan de la justice et des droits humains : Les Evêques condamnent avec une dernière énergie la justice à deux vitesses, gangrenée par la corruption et sa politisation : « Pour beaucoup de nos concitoyens, l’appareil judiciaire est perçu comme une officine de combines, un espace de règlement des comptes et cautionnement des injustices. » Pour ces pasteurs, l’éclatement de la Cour suprême en trois juridictions (Cour constitutionnelle, Cour de cassation et Conseil d’Etat) n’a nullement amélioré l’exercice de la justice, au contraire, la corruption semble être le principal moyen pour gagner un procès. L’invalidation des mandats de certains députés, par la Cour constitutionnelle, au-delà du délai fixé par la loi, que d’aucuns perçoivent comme sélectives, en est bien une illustration : « On ne construit pas une nation sur la corruption, le mensonge et la tricherie ».
Recommandations :
Que le Chef de l’Etat asume pleinement ses responsabilités
Au Chef de l’Etat : d’assumer pleinement ses responsabilités de Chef de l’Etat ; de changer le système de gouvernance en instaurant un véritable Etat de droit à même de rendre la RDC fort et prospère ; de mettre l’armée dans les conditions qui lui permettent de répondre efficacement à sa mission de défendre et sauvegarder l’unité et l’intégrité du territoire national et de rédorer le blason de la magistrature, particulièrement celui de la Cour constitutionnelle, de façon que le peuple ait confiance en la justice.
Un parlement réellement au service du peuple
Au Parlement : de se mettre réellement au service du peuple qui a opté pour le changement ; de gérer utilement le temps pour voter des lois qui promeuvent la démocratie plutôt que les intérêts partisans. Dans cette perspective, la révision de la loi électorale en vue de la dépolitisation de la CENI s’avère plus que nécessaire ; de veiller à ce que la majorité des lois peu favorables au progrès de la démocratie dans notre pays ; de contrôler sans complaisance les membres du gouvernement et les mandataires de l’Etat ; de ne pas chercher à modifier et à tailler sur mesure des individus ou des partis politiques, les dispositions de la constitution, particulièrement celles relatives aux modes des scrutins.
Un gouvernement pour améliorer les conditions de vie des populations
Au futur gouvernement : de mettre au centre de son action l’amélioration des conditions de vie de la population, spécialement dans les secteurs de l’éducation, la santé et les infrastructures ; de se préoccuper du grave devoir de l’éducation scolaire, entre autres, en régularisant la situation salariale des enseignants non payés ou omis, préalable nécessaire à la gratuité de l’enseignement promise par le Chef de l’Etat ;de mettre en place un comité de lutte contre la corruption ; de travailler à la dépolitisation de l’appareil judiciaire ; de veiller à l’effectivité de l’autonomie des Provinces.
Que les congolais s’unissent enfin!
Au peuple congolais : de s’unir, d’assumer son destin et de réaliser que le changement est un combat pour tous ; de ne pas laisser une minorité prendre en otage le pays et son avenir ; de se mettre résolument au travail pour son développement intégral ; de savoir revendiquer et défendre pacifiquement ses droits.
In fine, les évêques membres de la CENCO insistent sur le fait que le peuple veut le changement car « personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres »(Mc 2,22). Raison pour laquelle, il s’est fortement mobilisé pour les élections du 30 décembre 2018 : « N’entravons pas son élan par des subterfuges politiciens dilatoires ».
Les évêques ont ainsi rappelé leur message de décembre 2007 : « La crise de notre pays est avant tout éthique. Le pays a grandement besoin d’hommes nouveaux et intègres. Un changement radical dans le comportement personnel, social et politique pourra apporter une nouvelle manière de gérer la République. Le Congo nouveau sera fondé sur les valeurs républicaines, les valeurs morales de la vie sociale et les valeurs évangéliques ».
Les évêques terminent leur Assemblée plénière ce jeudi 27 juin 2019 à Kinshasa avant de regagner chacun sa province ecclésiastique où ce message sera lu dans toutes les quatre langues de la RDC aux fidèles, sur toute l’étendue du territoire national.
Jacques Kalokola