Lutumba Simaro a tiré sa révérence à Paris

Le musicien Simon Lutumba Domanueno dit « Simaro Masiya », est décédé à Paris ce samedi 30 mars 2019, à 81 ans.

Ce grand artiste, guitariste, compositeur de talent et poète qui a fait danser la RDC et toute l’Afrique sur le rythme de la rumba congolaise aux côtés de Franco Luambo Makiadi, Joe Mpoy, Madilu Système, s’en est allé discrètement aux petites heures du matin, dans la fraicheur du printemps, rejoindre la pléiade d’artistes de grand talent que le Congo perd les uns après les autres…

Depuis quelques années, la maladie l’accablait, et l’avait obligé à rejoindre la capitale française, où depuis un trimestre, il était pris en charge médicalement. C’est d’ailleurs à Paris qu’il avait décidé, un an plus tôt (19 mars 2018) de mettre un terme à sa carrière musicale, et de céder les rennes de son orchestre « Bana OK », créé après la disparition de Franco Luambo en 1989, à Manda Chante, patron lui-même du groupe « Wenge Référence».

Simaro était comme l’ombre de Franco. Mais le « poète », avant de cheminer avec le « grand maitre Yorgo », avait eu une autre vie : né le 19 mars 1938 à Kinshasa, alors Léopoldville, il a travaillé à SEDEC, mais, le sang d’artiste bouillonnait dans ses veines, et on le verra ainsi s’initier à la guitare auprès de Kalonji, un adepte du Zebola. Simaro embrassera alors les rythmes et dans des Nkundu de la province de l’Equateur, dans les cérémonies d’exorcisme. Ses débuts professionnels dans la musique remontent aux années 1958, dans le groupe Micra jazz, où il excelle déjà à la guitare rythmique, avant de rejoindre une année plus tard, un autre « Cantador », Gérard Madiata, dans Congo Jazz, et enregistrer dans la foulée « Simarocca », titre passé inaperçu. Trois ans plus tard, Franco repère son talent et l’intègre dans l’OK Jazz, en 1961.

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Simaro (G) et Franco (D)

Il y apporte naturellement son inspiration rythmique du Zebola, du Jazz, de la Rumba et de l’Afro-cubain. Des titres remarquables s’ensuivront : « Okokoma mokristo » 1969 et « Ma Hélé » 1970, où on décèle déjà son côté moralisateur et mélancolique…

Son talent reconnu lui confère une notoriété qui va grandissant. Des tubes mémorables naitront dès lors de la plume et de la guitare de Masiya…

Un journaliste de mes amis, plume confirmée, dit de lui : « Simarro Lutumba, c’est d’abord écrire et composer une chanson d’une certaine manière, avec beaucoup d’images, de profondeur et de vie… Ici, pas de platitudes du genre «Chérie na nga, nalingaka yo, soki okeyi, nakufi!» Kasi kufa ts!

Ensuite, la chanson apprêtée, choisir entre mille l’interprète qui la restituera, en transmettant des émotions de la façon la plus sublime… Il avait compris très tôt que le succès d’une chanson était intimement lié non pas à l’interprète, maisplutôt à la technique de chant de l’interprète… Nuance! Ainsi, quand Lutumba jette son dévolu sur Carlyto pour interpréter «Maya», cet ancien chanteur de Gérard Madiata n’est pas encore une star dans l’Ok Jazz… Il le deviendra après «Maya»!

Lutumba Simaro sur scène

Gros plan sur quelques titres à succès du Poète, et sur son casting, sa distribution des rôles…«Na lifelo, bisengo bizali te» pour Diatho Lukoki, «Mbongo» pour Ndombe Opetum, «Cedou», «Ebale ya Zaïre» (lequel inspire «Ngobila» de Koffi Olomide), «Mabele», «Faute ya commerçant» pour Sam Mangwana, «Kadima», «Mandola» pour Djo Mpoyi, «Télégramme», «Examen d’État» (pas très connu, mais je vous le recommande toutes affaires cessantes, avec un mouchoir!) pour Papa Wemba, «Monama, elima ya mayi» pour Mpongo Love, «Maya» pour Carlyto (l’histoire retiendra que l’interprète a failli craquer après moult prestations… «Ozokoma kaka te esika nalingi», lui fait remarquer l’auteur-compositeur… «Beta kaka miziki, papa!» Et Carlyto réussira une Panenka vocale… Simplement fabuleux!), «Testament ya Bowule» pour Malage, «Pablo» pour le duo Djo Mpoyi – Malage, «Diarrhée verbale» pour Pépé Kallé et Carlyto, «Vaccination» pour Kiese Diambu, «Verre cassé», «Eau bénite» pour Madilu, «Bellissimo», «Mama kulutu» pour Mbilia Bel, Ata bino moko, Simarro est un sorcier du texte (je ne parle pas d’arrangements, car certains titres sont pauvres de ce point de vue!)…

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Le guitariste de talent

Si ses lyrics bénéficiaient d’une traduction en anglais, français (ah, mukubwa Bokal!), espagnol, …, sous d’autres cieux, l’on se demandera sérieusement pourquoi il n’a pas de Nobel! «Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.» Ce post est la version du lion… ».  Didier Mbuyi, pour ne pas le citer.