Luambo Makiadi Franco, le phénomène, 31 ans plus tard…

Luambo Makiadi Franco était-il un phénomène, un patriote, un provocateur, baroudeur ou un peintre de la société ?  Voici 31 ans que sa voix s’est tue !   Trente et un an qu’il n’y a plus de nouveaux albums de lui et que sa discographie ne s’est plus enrichie. Trente et unième année depuis que le « Grand Maître » fait parler de lui au passé.

Trente et un an, entendez plus d’une génération que les mélomanes ne se sont toujours pas accommodés de son absence présente et de sa présence absente. Il s’en est allé un certain 12 octobre 1989, c’était comme hier, mais c’est presque déjà une éternité que le monde musical est privé de son Luambo.

A l’occasion de ce triste anniversaire, Infocongo.net, saisit l’occasion pour reparler de celui qu’on appelait affectueusement Ya Fwala, « François », en 3 tomes.

Tome 1 : L’homme et l’artiste

C’est à quelques encablures de Kinshasa que François Luambo voit le jour le 6 juillet 1938 à Nsona-Mbata, en pays lemfu dans l’actuelle province du Kongo Central, d’un père anamongo et d’une mère ne-kongo. Au-delà de cette naissance issue d’un couple intertribal, Luambo est un vrai sang-mêlé. Il est Mukongo par sa mère, Tetela par son père et Ngombe par son grand-père paternel.

Cette mixture de tribus et ethnies du pays se retrouve dans ses œuvres phonographiques et dans le rythme de son orchestre. S’il est né François Luambo, il deviendra L’Okanga Lwa Djo Pene Luambo Makiadi avec la politique du « recours à l’authenticité », de feu le maréchal Mobutu Sese Seko.

En réalité, Makiadi est le surnom que lui donne sa mère à sa naissance, à cause de la fragilité de sa santé souvent secouée par les maladies infantiles et tropicales.

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Aboubakakar Sidiki, le musulman

On note qu’un moment, il va porter un nom qui n’a rien n’à avoir avec le Congo. En effet, lors de sa conversion à l’islam en 1981, il devient Aboubakar Sidiki.

Ce patronyme ouest-africain qui n’a jamais été gravé sur ses disques disparaît à la vitesse de l’éclair. Beaucoup de ses propres fans ne l’ont jamais connu.

L’homme a aussi beaucoup d’autres pseudos : Le Fou (surnommé ainsi à l’école à cause de sa turbulence), Franco, Franco De mi Amor, Oncle Yorgho, Grand-Maître, Ya Fuala (grand-frère François), Sorcier de la guitare. Aux États-Unis, les Afro-américains l’appellent « The big brother from Zaïre ».

Il fait ses premiers pas dans la chanson à 15 ans. A force de travail et de volonté, le jeune Franco devient le Grand-Maître dont la seule évocation du nom inspire respect et admiration. Du groupe Watam d’Ebengo Dewayon parrainé par la maison Loningisa, il passe vite à l’OK Jazz, son orchestre de toujours.

Il est tout à la fois ou presque : chanteur, guitariste, auteur-compositeur, éditeur, conteur, dérangeur, meneur d’hommes.

L’école OK Jazz

Lorsque l’orchestre est fondé en 1956, le style Fiesta inonde le marché par la saveur de ses sons. L’école African Jazz créée par Grand Kallé est alors l’unique école que connait la musique congolaise moderne.

Mais peu à peu, l’OK Jazz ronge l’espace musical et se fraie un chemin. Il forge admiration et respect. Une deuxième école est née. Elle se démarque totalement du style de Joseph Kabasele. La rumba odemba qui se fait aussi appeler kilo ya Kinshasa marque des points et joue désormais dans la cour des grands.

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La musique congolaise a dorénavant deux écoles dont se réclament les artistes-musiciens. Franco qui est ouvert à d’autres vents musicaux diversifie les styles dans ses œuvres.

Éclectique

Il joue pêle-mêle le cha-cha-cha (Cha cha erique, cha cha cha de mi amor), le boléro (Maladi ya bolingo, Mbanda ozui kizunguzungu), le folklore kongo (Ma nkewa, Fuala mbombo ngulu kadia) ou sakata (Obwa osud djeme), le calypso (Tokeyi kobina calypso, Calypso de nostro amor).

Mais en recrutant plusieurs éléments du clan de l’African Jazz, l’OK Jazz finit par s’aliéner un temps ce style, surtout à l’arrivée de Michelino Mavatiku (Missile, Salima).

Dans la recherche effrénée de la réussite artistique et pour assurer le succès de son groupe, Franco n’hésite pas à s’entourer des solistes de talent comme Mose Fanfan, Dizzy Mandjeku ou Papa Noël. L’homme n’a jamais eu peur de la concurrence au contraire, il a toujours été favorable à l’émulation au sein de son groupe.

Innovateur

Le Grand Maitre

L’OK Jazz fait même usage de deux guitares solos dans certaines chansons, dont Pesa ngai position na yo, de Madilu System. Une prouesse artistique.

Kenge Majos, son grand amour

Dans sa jeunesse, Luambo fait la connaissance d’une jeune fille dont il tombe follement amoureux. La belle élue qui est fiancée à l’artiste s’appelle Marie-José Kenge. Tout Kinshasa l’appelle par son surnom : Majos. Les deux tourtereaux sont quasiment inséparables. Alors qu’il ne s’y attend pas, Majos met brusquement fin à cet amour qui a pourtant soulevé le cœur de Franco. Cette rupture le marque profondément. En effet, le Grand Maître nourrissait la grande envie de fonder une famille avec elle. Luambo ne s’en est jamais remis.

Selon Raoul Yema, auteur d’un livre sur le patron du TP OK Jazz, cette déception amoureuse est à la base de la position dure que Franco a plus tard manifesté à l’égard des femmes. C’est l’événement déclencheur qui a fait qu’il devienne trop critique envers le monde. L’amour ne l’a-t-il pas trahi ? Franco a écrit quelques chansons pour son amour, dont Mami Majos pendant les moments heureux de leur relation, et Kenge okei ata elaka te, lorsque la bonne dame l’a quitté.

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De l’OK Jazz au TP OK Jazz

En 1971, l’orchestre modifie son patronyme et se restructure sur le plan administratif. Le groupe se transforme en une « entreprise musicale ». Cette métamorphose se remarque aussi dans l’appellation du groupe dont le nom est précédé d’un nouvel acronyme.

Devenu TP OK jazz, Luambo veut étaler sa puissance financière et la bonne santé discographique de son ensemble. Ses musiciens sont comme des employés qui travaillent dans une société.

L’orchestre ne compte pas moins de 50 musiciens, possède deux tonnes d’instruments de musique, un autocar pour les déplacements en provinces, un lieu unique pour ses productions baptisé Un-Deux-Trois. Aux éditions Epanza Makita, Boma Bango et Populaires ou Edipop, succède VISA 80, dont le but est aussi de produire les orchestres des jeunes.

A suivre…

Yves Boongo ilokamboyo

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