Le ressort principal de l’intrigue de la réunion de Goma a été sans aucun doute le dépôt sur la table d’un document qui présentait l’organisation du futur état-major intégré. A l’occasion, les représentants militaires des pays frontaliers de la RDC s’étaient réunis du 24 au 25 octobre à Goma (Nord-Kivu) pour discuter de la constitution d’un état-major intégré doté d’une mission de lutte contre les groupes armés opérant dans leurs frontières communes.
L’affaire qui a d’abord soulevé une levée de boucliers au sein de la société civile et des autres couches socioprofessionnelles a été prise très au sérieux. Les détails qui ont émergé des hurlements du mouvement de la Lutte pour le changement (Lucha) n’ont pas laissé indifférents les officiers des FARDC. Ils ont décidé de couper court à toute élucubration sur la présence des armées étrangères sur le sol congolais.
Des mises au point
Les cinq pays entendent mutualiser désormais leurs forces dans une perspective de traque des groupes armés qui sillonnent leurs frontières communes, laissant derrière eux affliction et désolation. Des délégations du Rwanda, du Burundi, de l’Ouganda, de la Tanzanie et de la RDC étaient présentes.
Durant deux jours, les participants ont examiné la possibilité de mettre sur pied un état-major intégré impliquant les pays concernés, quitte à mettre ensemble leurs efforts et leurs logistiques aux fins d’accroître l’efficacité d’intervention des troupes sur le terrain.
La Monusco et Africom (le commandement des États-Unis pour l’Afrique) ont participé à ces discussions en qualité d’observateurs et d’invités.
“Nous mutualisons des ressources et des moyens. Cela ne signifie pas faire appel à des forces qui viendront opérer sur le territoire congolais. Loin de cela. Nous mutualisons les forces pour traquer ces gens sur les frontières. Ces gens traversent toutes les frontières de beaucoup de pays et font du mal. Et nous devons nous mettre en garde, nous mettre ensembles pour faire ce travail”, a indiqué le porte-parole des FARDC, le général Léon Kasonga, avant de convier les groupes armés actifs dans l’Est du pays à déposer les armes.
Des craintes en perspectives
Le communiqué signé à Kibumba, chef-lieu du territoire de Nyiragongo au Nord-Kivu, le 19 octobre dernier par le président de la société civile de ce territoire, Jean Claude Mambo Kawaya, a été résolument alarmiste.
Comme beaucoup dans cette partie du pays, celle-ci s’est dit opposée à toute entrée d’une force étrangère sur le sol congolais au regard des précédents historiques, ainsi que des tensions sociopolitiques et sécuritaires récurrentes et toujours préoccupantes entre la RDC et l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.
Une telle opération comporte de nombreux risques, a souligné la société civile de Nyiragongo qui dit craindre en particulier « le blocage du processus du retrait volontaire des groupes armés ayant la bonne intention de répondre positivement à l’appel du chef de l’Etat de déposer les armes pour donner place à la paix ».
La Lucha a même organisé un sit-in devant le gouvernorat à Goma où se tenait la réunion pour protester contre toute tentative de ramener des armées étrangères en RDC.
Raymond Befonda